Pendant que la petite µ faisait le voyage jusqu'au Royaume Ténébreux et que le grand Seigneur Ténébreux lui demandait de jouer avec le Prince Grisaille, le Roi Nicolas et la Reine Annick étaient bien inquiets. Après avoir raccroché
le téléphone au nez et à la barbe et à la moustache
de la pauvre directrice de l'école des Princesses qui n'y comprenait
plus rien, le Roi composa le numéro de téléphone de
la police :
Il n'avait pas besoin d'en dire plus, après tout, c’était le Roi. Le commissaire était à ses ordres. Un drôle de commissaire d'ailleurs, une bien curieuse histoire. Quand le Roi était plus jeune et encore célibataire, il engagea un jour un jeune homme qui se disait spécialisé laveur de carrosses. En ce temps là, on avait bien besoin de laveur de carrosses spécialisé car il n'y avait pas encore de machines modernes et les carrosses étaient d'un compliqué ! Il fallait les laver puis faire briller l'or des poignées, nettoyer un à un les rayons d'argent des roues. Le jeune Roi avait même un carrosse avec un chauffage incorporé, à bois, bien sûr, et ce carrosse avait une très haute cheminée de cuivre qu'il fallait astiquer très correctement après chaque sortie. Le jeune homme avait commencé son travail. Il le faisait très bien. Jamais, au Château des cinq tours, on n’avait vu de laveur de carrosses spécialisé aussi spécialisé, Mais ce laveur de carrosses là n'était pas seulement spécialisé, il était aussi spécial que spécialisé. Quand il avait tout bien lavé, au lieu de se reposer ou d’aller à la pêche avec les cochers, il passait le temps à se promener partout avec un petit carnet et à regarder chaque chose avec attention. Il savait, au péril de sa vie, combien de tuiles d'or avait chacune des cinq tours. Il savait combien de colombes avaient fait leur nid dans le colombier royal, et combien d'oeufs et même de plumes elles avaient. Il savait combien de mètres il y avait entre les cuisines et le donjon et plus encore, connaissait par coeur le plan du château et de ses dépendances. On racontait deux anecdotes : Un jour, le Roi Nicolas s’était réveillé et il avait vu le laveur de carrosses penché sur lui. Il lui aurait demandé ce qu'il faisait là et l'autre lui aurait répondu un peu surpris: "Majesté, permettez que je compte les poils de votre moustache. A ce qu'on raconte, le Roi aurait répondu: "Ah, Celui-là, il fourre son nez partout !" Le surnom Fourre-son-nez-partout lui était depuis resté.
Pour remercier le laveur de carrosses astucieux, le Roi l'avait nommé commissaire sur le champ et aussi dans la ville, commissaire en chef de la police royale : le commissaire Fourre-son-nez-partout. Très vite ses collègues avaient trouvé que ce nom était bien trop long et aussi bien trop drôle. Alors, ils l'appelèrent commissaire Curieux. Seul le Roi continuait de l'appeler Fourre-son-nez-partout, mais c'était le Roi. Ainsi, dès qu'il eut reçu le coup de téléphone du Roi Nicolas, le commissaire Curieux prit son carrosse de police et se dirigea vers le Château des cinq tours, le plus vite possible. Il avait bien compris, en commissaire expérimenté, que quelque chose de grave se passait. |
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