17.  Interlude, hésitations

Alors, au Royaume Ténébreux comme au Royaume Joli, les recherches commencèrent enfin.  Et ce n'était pas trop tôt.

Au Royaume Ténébreux, c'était un peu difficile, on n'avait pas que ça à faire, il y avait tellement de choses à changer et comme le Seigneur Ténébreux avait toujours tout fait pour que les gens soient le plus bête possible et qu'il n'avait pas trop mal réussi, tous les habitants avaient bien des difficultés à faire des plans, à réfléchir, à trouver de bonnes idées.

tous droits réservés - Françoise Cloarec - francoise.cloarec@wanadoo.frBarlama de Verlan avait été nommé chef des recherches en chef, titre qui lui plaisait en effet. Il s’était installé un beau bureau tout neuf, un bureau de toutes les couleurs. Les couleurs étaient mises n'importe comment et ça faisait mal aux yeux et à la tête. Il avait ensuite voulu un téléphone rose et cela avait été bien difficile d'en trouver un. Et puis il avait fallu une télévision et puis un réfrigérateur, et un radiateur, et ensuite et puis etc. etc. si bien que tout le monde était occupé à chercher les affaires de Barlama de Verlan et personne ne songeait à Grisaille ni à µ.

Au Royaume Joli, on était d'abord resté devant la télévision en noir et blanc, La nouvelle était si incroyable que personne n’était sûr d'avoir bien compris.  Le Roi Nicolas qui voulait voir la fin du film en couleur sur l'autre chaîne disait que c'était sans doute une mauvaise blague.

Après avoir entendu le message une nouvelle fois, il déclara: "Voilà une bien ténébreuse affaire !"

il fallait aller voir ce qui se passait dans ce Plus-du-tout-royaume comme l’avait appelé Barlama de Verlan qui ne connaissait pas le mot République. Plus du tout royaume, ça semblait bien un peu nul comme mot mais si on y réfléchissait, c’était très clair.

Cette histoire embêtait bien un peu le Roi Nicolas : certes, le Seigneur Ténébreux était son plus fidèle ennemi, mais au moins, c'était un Roi et entre rois, on se comprend, et puis son père avait connu son père, son grand-père avait connu son grand-père et la Belle au bois dormant, la sorcière Carabosse.  Bref, il craignait qu'on ne le nomme un jour plus du tout Roi et redoutait par dessus tout de devoir travailler dans la pâtisserie de sa femme.

Heureusement, Cendrillon, elle, pressait tout le monde.  Elle savait par expérience qu'il ne fallait jamais trop tarder.  Jadis, dans sa jeunesse... et alors, bonjour la citrouille ! Mais comme d'habitude le Roi n'en faisait qu'à sa tête couronnée.  Il avait d'abord dit qu'on ne pouvait pas aller là-bas sans téléphoner. Ensuite, il refusa de partir dans le carrosse citrouille-pourrie de Cendrillon, disant que le Roi Nicolas ne pouvait pas être vu en pays étranger dans une citrouille.  Cendrillon lui expliqua que c'était bien pratique parce que c'était magique, qu'il y avait un ordinateur et le livre pour s'en servir.  Rien à faire.  Non, non, non, royal et définitif.  Il ne voulait sortir que dans son carrosse de visite, ce qui désespérait tout le monde car il n'était pas très pratique.  C'était un carrosse de deux-cent-quinze chevaux qu'il fallait préparer, atteler, faire tenir tranquille, partir, tourner, s'arrêter, et tout ça en même temps.  Un carrosse avec cinquante cochers avec des téléphones car le premier ne pouvait pas voir le dernier.  Cinquante téléphones avec des piles qu'il fallait changer tout le temps, sans compter que sur les deux-cent-quinze chevaux, il y en avait toujours un d'un peu malade ou déferré et qu'il fallait remplacer. Bref, il fallait bien trois jours de travail quand le Roi partait en visite et là, il fallait partir avant minuit, à cause du pont.

La Reine Annick se disait que si elle avait encore son rouleau à pâtisserie, son beau rouleau en bois lisse et solide, celui qu'elle avait bien en main, il y aurait eu un Roi qui aurait été bien moins bavard et moins têtu, et moins capricieux, et moins ennuyeux, et moins embêtant et moins tous les autres mots qui veulent dire à peu près ça.

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