14. La descente

Pendant ce temps là, µ et Grisaille descendaient, descendaient toujours.  D’ailleurs µ commençait à en avoir assez.  Elle avait mal aux pieds et à la tête.  Elle avait peur de tomber, Mais il n'y avait pas d'autre solution que de descendre encore.

Enfin, il n'y eut plus d'escaliers.  Devant eux il y avait un couloir violemment éclairé.  Au bout du couloir, il y avait une porte toute noire fermée par un volant d'acier rouillé.  En haut de la porte, il y avait une petite fenêtre qui laissait échapper une lumière rougeâtre. µ et Grisaille s'approchèrent.  La porte était brûlante, et derrière, il ne semblait y avoir que du feu.  Enfin, µ et Grisaille n'y voyaient que du feu.

« Drôle d'ambiance » dit µ à Grisaille qui commençait à trembler un peu. Ils se demandaient que faire.  La porte vibrait et ils entendaient un ronflement sourd.  Grisaille qui maintenant restait prudemment derrière µ lui dit : c'est peut-être un piège, elle va peut-être exploser cette porte, tu ne crois pas qu'il faudrait mieux remonter ?" Et, peureux, il recula doucement à très petits pas, µ, elle, examinait la porte soigneusement.

Tous droits réservés Françoise Cloarec - francoise.cloarec@wanadoo.frSoudain, ils entendirent juste derrière eux un grincement très long, très aigu, très comme pour faire peur, et presque en même temps un grand rire très fort, et très comme pour faire peur aussi.  Ils se retournèrent terrorisés, se demandant quel horrible monstre ils allaient découvrir : un loup ? un ogre ? des ogres ? un monstre poilu ? un crocodile avec des dents jaunes ? Trois gros serpents verts avec des têtes de chouette ? Quelle imagination !

Bien sûr. ce n'était rien de tout cela.  C'était un jeune garçon, très beau, et du même âge que Grisaille et µ. Il les regardait en riant.  Il leur dit : « Vous vous croyez où ?  Dans un conte de fée ?  Vous croyez que la porte de la chaudière va se transformer en baguette magique qui vous transformerait en citrouille pourrie ? » Et il riait, et il riait ! ! ! Grisaille n'était pas très content de se faire traiter de citrouille pourrie.  Mais. il avait eu si peur et il était si content de ne pas voir de monstre qu’il ne pensa même pas à se battre avec le nouveau venu. µ, elle, toujours plus rapide lui répondit du tac au tac : « Ne traite pas les autres de citrouille pourrie.  C'est mal poli, et je pourrais le dire à Cendrillon qui te transformerait instantanément en cloporte crasseux. »

C'était une réponse très amusante : µ avait beaucoup de vocabulaire.  Elle continua : «Dis-nous plutôt comment tu t'appelles !»

"Je m'appelle Cloridrix Passegrain" leur répondit-il.
Alors µ posa la question, la seule question qui valait vraiment le coup : « Alors, Cloridrix, ou peut-être Prince Cloridrix, peux-tu nous dire où nous sommes ? »
Et ce qui devait arriver arriva, ce qui devait se passer se passa, ce qui devait survenir survint, Cloridrix Passegrain ouvrit grand la bouche et il se mit à rire, à rire, à rire, à mourir de rire.

Cloridrix Passegrain rit longtemps.  Il sembla même, à un moment, qu'il se forçait un peu.  Enfin, montrant des difficultés exagérées pour reprendre sa respiration, il leur dit : « Vous vous payez ma tête, vous savez bien que vous êtes dans les caves de l'école, dans le couloir de la chaudière.  N'ayez-pas peur, je ne vous dénoncerai pas.  Mais dépêchez-vous, la récréation va bientôt finir, il faut remonter en classe.  Mais vous êtes nouveaux, je ne vous ai jamais vus. »
µ osa lui demander encore: "C'est l'école des Princesses ?  Ou peut-être est-ce l'école des
Princes?"

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