tous droits réservés - Françoise Cloarec - francoise.cloarec@wanadoo.fr4. Le Royaume ténébreux

Cependant, à mesure que le voyage se poursuivait, cette histoire de carrosse intriguait µ de plus en plus.  A un moment, le carrosse doré s'arrêta pour laisser passer un camion, et µ, machinalement, appuya sur la poignée de la porte.  Impossible d'ouvrir ! Elle essaya l'autre porte, elle essaya le toit ouvrant, et d'ailleurs un toit ouvrant dans un carrosse, c'était déjà étrange, tout était bloqué.  Elle avait très envie de pleurer mais elle se dit que si jamais elle commençait à pleurer des bijoux par les yeux, ça allait lui faire très mal.

Elle regarda par la fenêtre, elle ne reconnaissait rien.  Elle voyait des maisons toute grises, des carrosses tout gris et des voitures grises aussi.  Le ciel était gris, la route était grise et l'intérieur même du carrosse devenait gris.  Où allait-elle ? Avec qui ? Et son père et sa mère qui devaient être si inquiets ! Pour tout arranger, elle vomit un gros paquet de bijoux et elle trouva cela désagréable.

Donc, le carrosse partait en brioche, petit à petit. Après un moment qui lui parut fort long, trop long, le carrosse s'arrêta et la petite µ put descendre.  Autour d'elle, tout était gris et sale.  Il y avait bien un château, mais ce n'était qu'un gros cube gris, tout bête, avec très peu de fenêtres. Sur le cube, il y avait des tours, grises elles aussi, pointues comme des dents de loup, ou de lion, ou de guépard, enfin d'animal très méchant.

C'était un endroit bien curieux. µ n'était pas très rassurée.

Soudain, un grand monsieur tout habillé de gris s’avança vers elle. Elle comprit tout de suite. C'était le Seigneur ténébreux.  Elle n'était pas très étonnée car elle entendait souvent ses parents parler de ce seigneur et de son royaume tout sale.  Quand elle ne voulait pas s'habiller ou pas se déshabiller ou pas ou pas etc., on lui disait : "Attention, tu vas aller chez le Seigneur ténébreux". µ croyait que c'était pour rire, pour du faux, pour du beurre, et maintenant, elle était là. Quelle histoire !

Derrière le Seigneur ténébreux, il y avait un petit garçon.  Lui aussi, µ savait bien qui il était.  C'était le Prince Grisaille.  Elle l'avait déjà vu à la porte de l'école des Princesses avec ses lunettes noires qui l'empêchaient de voir le soleil. Il voulait toujours jouer à des jeux complètement idiots.  Il fallait tirer les cheveux de la directrice de l'école des Princesses, voler les outils du plombier, cacher les clés de la dame de service. Très vite, toutes les Princesses avaient refusé de lui parler.  Pourvu qu'on ne lui demande pas de jouer avec lui. Tous droits réservés - Françoise Cloarec - francoise.cloarec@wanadoo.fr

µ n'essaya pas de se sauver.  Elle savait très bien que le château du Seigneur ténébreux était très loin de l'école des Princesses et encore plus loin du Château des cinq tours. Et son père qui n'avait jamais voulu acheter d'hélicoptère ! Elle essaya de réfléchir à ce qu'elle pouvait faire et elle pensa encore une fois à son arrière arrière arrière cousine, la Belle au bois dormant, qui avait trouvé en ce temps-là le moyen de s'endormir cent ans, ce qui à l'instant, l'aurait bien tirée d'affaire. Malheureusement, de nos jours, on ne laisse plus les petites Princesses dormir aussi longtemps puisqu'il faut même qu'elles aillent à l'école.

Enfin, le grand seigneur tout gris se mit à parler.  Elle eut un peu peur car il avait une voix très grave qui faisait tout trembler autour de lui, sans même un micro.

Il lui dit: "µ, Princesse du Royaume joli, fille du Roi Nicolas et de la Reine Annick, l'ancienne pâtissière, je t'ai menée ici parce que mon fils, le petit Prince Grisaille, s'ennuie.  Il m'a dit que toi, tu étais toujours gaie et heureuse.  Alors je t'ai fait jeter un sort pour que tu tombes malade et que tu craches des bijoux.  Ne te plains pas, j'aurais pu choisir des vipères ou de pustuleux crapauds.  Je veux donc, moi, Roi très très très ténébreux que tu m'obéisses et que tu t'occupes de désennuyer Grisaille."

Alors, µ voulut crier, dire à cette espèce de roi que ce n'était pas des manières, qu'il fallait d'abord demander à ses parents, au moins leur téléphoner, et qu'elle ne pourrait jamais être rentrée chez elle pour les dessins animés à la télé! Rien n'y fit, on l'emporta bien vite vers la salle à jouer du Prince Grisaille.

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