Diégèse  dimanche 27 août 2000


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à venir et déjà passédéjà passé et à venir
Le matin, c'est d'abord la gueule du léopard du bureau qui m'a salué. La maison était vide, vivant sa vie de maison, avec ses craquements de bois, le bourdonnement dune mouche qu'elle avait emprisonnée et qu'elle faisait se cogner douloureusement dans les vitres. Les journaux déposés ruisselaient de nouvelles déjà anciennes. Tout sentait la campagne et m'évoquait les vacances dans la maison des grands parents de C., dans la Brie profonde, la petite chambre au dessus de la chaudière et le café bu toute la journée, les promenades dans les champs, et même le cheval du voisin, que je prenais parfois. Je me souviens aussi que je me racontais surtout des romans d'amour, animés de rencontres fortuites et d'évocations langoureuses. Je me rappelle le manque, la sensation du devenir. Je suis revenu dans un train. À mes côtés, le service des réservations des trains de vacances avait installé une jeune fille, qui jouait à Lolita, qui pensait travailler son anglais dans le train, révisait doucettement quelques verbes irréguliers puis fumait, puis bougeait, puis tentait de lire encore quelques pages d'un roman de Le Clézio.
Juste avant l'arrivée à la gare Montparnasse, je suis soumis à un interrogatoire précis sur mes activités, et elle me demande ce que je veux faire plus tard. Sur le quai, imaginant un malentendu, je la questionne sur son âge et lui donne le mien en retour. Dépitée, elle dit comprendre mes hésitations à engager avec elle une conversation sur un pied d'égalité, me dit que je vais certainement rentrer en voiture et me laisse là. Elle a 19 ans, elle pourrait être la fille de Dominique avec qui, il y a 19 ans, nous avons failli faire un enfant.