Diégèse  vendredi 21 avril 2000



ce travail est commencé depuis 112 jours et son auteur est en vie depuis 14565 jours (3 x 5 x 971 jours) 2000




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L'atelier du texte demain





à venir et déjà passédéjà passé et à venir
C'est le vendredi saint mais je ne peux pas promettre que je me le suis parfaitement rappelé. Je sais que j'ai déjeuné à l'Assemblée nationale et que j'ai pris du poisson. Je sais que pour la première fois, je n'ai pas regardé par la fenêtre les toits de Paris. Je suis glacé ce soir, d'être rentré si tard sous la pluie. Je me rappelle la vallée du vent, celle où j'ai crié ton nom un jour de tempête. J'ai retrouvé cette photo, elle est sortie de la pile seule. Je sais que tu annonçais ma solitude, je sais maintenant que je l'accepte. Tu te rappelles ces longues conversations dans la nuit ? Je me souviens de Venise et des photos accrochées sur le mur de la chambre. A cinq ans de distance, tu connaissais ma vieillesse. Et je ne me voyais pas, et je ne me doutais pas. Tu sais, je m'adresse à toi, dans un monologue épuisant. Et tu n'existes pas. C'était le jour de la mort du Christ et il paraît que des processions défilaient sous les fenêtres du bureau. Je n'avais pas le cœur à regarder le ciel. Je n'avais pas l'envie de regarder les rues et les hommes qui marchent. 
J'ai déjeuné à l'Assemblée nationale et je n'ai pas pu prendre de poisson. Il n'y en avait plus. Celui qui nous a fait pêcheur d'hommes est mort aujourd'hui et l'on sait qu'il va ressusciter. Je ne suis pas pêcheur, juste perdu dans l'immense fraternité détruite de la vie
Je suis loin maintenant, décidé baroque à ne pas revenir là, avant, sans sommeil et sans crise, à regarder bénir les sens éteints
Il fallait sans doute que ce soit le vendredi saint pour que je prêche. Mais il ne faut pas croire ce que je dis.