Non, la vie qu'il aimerait bien, c'est celle du jeudi. La vie du jeudi est une vie simple qui se déroule dans l'horizon limité des collines de la Bretagne. C'est la vie du chef de rayon du shopi du carrefour de Plomeur. Il a acheté une maison dans un lotissement au fils de Pierre qui ne pouvait plus payer les traites avec la pêche qui ne marche pas si fort. L'important, c'était qu'elle soit assez grande pour qu'Yvette puisse faire les chambres d'hôtes. En plus, avec le shopi, on se débrouille, un litre de lait par ci par là, quand les produits sont presque périmés, plutôt que de les jeter. Ce n'est pas une vie sans passion. Il y a la pêche au bord, la nuit, sur la plage de la Torche, jusqu'à minuit parfois, ça dépend de la marée, mais c'est surtout pour les étoiles, pour le vent. Yvette, ça ne la dérange pas, et quand il rentre, il ne fait pas de bruit. Yvette préfère ça à ce qu'il aille voir des femmes ou qu'il boive, ou les deux. C'est ce qu'elle dit à l'apéritif, quand les Benec viennent montrer les photos des grands qui sont à Paris. La fille elle tient une crêperie à Montparnasse avec son mari. Oh, c'est pas encore à elle, mais ça viendra car elle est courageuse. Le fils, lui, il travaille pour Air France. Heureusement, il n'était pas dans le Concorde. Quand on pense que ça aurait pu arriver. Madame Benec en a été malade toute une journée, la pauvre.
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