Diégèse  vendredi 8 décembre 2000



ce travail est commencé depuis 343 jours et son auteur est en vie depuis 14796 jours (22 x 33 x 137 jours)
2000




hier  
L'atelier du texte demain





à venir et déjà passé déjà passé et à venir
Dès que je suis entré dans la salle de réunion prêtée par la Maison de l'Europe, j'ai ressenti un sentiment de familiarité, comme celui que l'on a lorsque l'on voit un paysage. J'étais de l'autre côté du miroir de la fenêtre de P.J. J'étais de l'autre côté de la cour où l'on jouait des concerts sur la terrasse les soirs de printemps quand je passais ces soirées à écouter de la mauvaise musique en buvant du mauvais vin.
J'étais presqu'ému. J'ai écrit une phrase, j'ai commencé à remuer les souvenirs mais je me suis vite aperçu que je faisais semblant, que je tirais parti de la fenêtre encadrée, que je m'amusais mais que l'histoire était bien morte, qui m'avait conduit à ne plus dormir certaines nuits, à pleurer même, à craindre, à me tendre, à partir dans des nuits froides, pour rire, danser et puis pour aller ailleurs, pour continuer toujours cette marche insensée qui ne dit plus rien.
Lorsque j'ai quitté la pièce, j'avais oublié la fenêtre et il était trop tard pour penser prendre une photographie.
Sur la cassette vidéo louée, ils ont inscrit qu'il s'agissait d'un drame familial. C'est sans doute un pléonasme. Je ne regarderai donc pas ce film. Je suis rentré en métro, juste pour voir les gens, pour les entendre égrener leurs jours qui ressemblent tant aux miens, juste pour les entendre dire qu'il fait froid, qu'il ne fait pas chaud et que le temps ne s'arrange pas avec le temps qui passe, et que c'est comme ça, que la vie avance, que les portes du métro s'ouvrent et se ferment au rythme des conversations. Les gens s'arrêtent de parler quand le métro s'arrête et reprennent lorsque la sonnerie aux deux tons mêlés indique que la vie recommence, que oui, ils vont finir par arriver.
J'avais envie aujourd'hui de voir les feuilles tombées dans le bois de Vincennes, de voir les feuilles encore vertes qui se demandent pourquoi elles sont si seules, mais je n'y suis pas allé. Tu sais que je ne pense plus à toi dans le soir tombé.