Diégèse  mercredi 20 décembre 2000



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2000




hier  
L'atelier du texte demain





à venir et déjà passédéjà passé et à venir
Quand tu me quittes le matin, je te vois marcher dans la rue te serrant dans ton écharpe et allumant une cigarette, retrouvant une identité de solitude sans solitude, dans la rue affairée, au milieu de toutes les personnes qui vont, qui partent et qui arrivent et quelques secondes après, tu es déjà si loin de moi que, te dépassant, je n'ose pas te regarder de peur de ne plus te reconnaître et d'être obligé de pleurer encore. 
Le soir, je dîne avec G. dans un restaurant indien où la nourriture est très épicée et joue avec les saveurs et les papilles. Nous parlons de Dieu et de l'enthousiasme. G. me révèle que ce n'est pas ce que je croyais, qu'il ne s'agit pas d'être en Dieu, mais que cela renvoie davantage aux petits génies des forêts et des sources qui parlent à l'oreille et rendent jubilatoire. Je ne connais pas de petits génies et je voudrais retrouver pour toi cet enthousiasme qui nous manque.
Je me rappelle les baisers que je donnais sur ton front quand tu disparaissais dans le soleil et que les oreillers très vite se mouillaient de la sueur de tes rêves orientaux. Je me rappelle la douceur de tes yeux au réveil quand tu t'apercevais qu'une nouvelle fois peut-être tu avais échappé à la mort de tout espoir d'amour, de tout espoir de vie.
Tu te souviens de ton impatience quand tu voulais vite rejoindre d'autres lieux, reprendre une voiture pour aller plus loin, pour marcher plus avant dans la ville et parfois atteindre les portes du désert et parfois pleurer sur les pierres, d'un mal de crâne ou un mal de pieds, quelques ampoules et cette fatigue du soleil qui prend vers midi.
Tu as perdu cette idée de soleil qui nous portait plus loin et qui faisait que la rue se vidait devant nos pas, parfois, si nous n'y prenions pas garde.
Dans le soir revenu, je ne connais plus que la solitude et le doute.