Diégèse  vendredi 22 décembre 2000



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2000




hier  
L'atelier du texte demain





à venir et déjà passédéjà passé et à venir
Je me demande comment j'ai pu attendre si longtemps Noël. Je marche sous les arcades classiques du Palais royal, admirant les alignements sans défaut des façades pâles. Le jardin a pris sa mine d'hiver et l'on pourrait presque voir, derrière les vitrines des boutiques sans clients, des révolutionnaires bavards inventer le mouvement et les vibrations de la révolte.
Je déjeune avec P.B., dans un estaminet gourmand et enfumé. L'endroit et la période nous incitent à la politique et aux mots définitifs qui l'accompagnent. C'est un déjeuner calme.
Le soir, je rentre tard, avec cette impression de solitude que dément pourtant toutes nos conversations, ces appels sans fin qui se succèdent, ces téléphones qui sonnent, qui vibrent et carillonnent. Ce sera tard pour se voir, dis-tu. Je le sais et tu me manques déjà. Je m'en vais aussi bientôt.
Il faut mettre toute son intelligence au service de l'avenir. Tracer avec avantage des lignes que l'on est seul à distinguer. Se tromper sans doute, s'amuser avec le futur comme si c'était un jeu de société que l'on range une fois la conversation terminée. J'aime beaucoup faire cela et je regarde les yeux de mes interlocuteurs s'agrandir à mesure que je leur dessine des vies numériques qui s'entrecroisent.
Mais je pense à toi. Tous ces systèmes nouveaux ne seront jamais que pour mieux te connaître et t'aimer. Je pourrai t'envoyer d'autres messages, des mots encore que tu lirais le soir, sur des écrans rétro éclairés. 
Tu me montres un appareil bleuté, tout en aluminium brossé et tu me dis que c'est avec cela, désormais, que tu communiqueras avec moi. 
Je regarde l'appareil, me demandant comment tout cet amour pourra réchauffer ces diodes froides. Tu me souris et je t'embrasserais.