Diégèse  mardi 6 juin 2000



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2000




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L'atelier du texte demain





à venir et déjà passédéjà passé et à venir
Beyrouth est interdite. Je me le rappelle bien. De cette image, bientôt, il ne restera plus un souvenir. C'est le monde à l'envers. Tu te rappelles quand nous étions au Liban, parfois, l'oncle sortait des photos d'avant la guerre où l'on pouvait voir toute la nostalgie. Maintenant, lorsque l'on marche sur la corniche, l'oncle sort des photos d'après la guerre, quand la ville était calme. Tu te rappelles, c'est comme après une course, comme après un effort, la juste impression de calme qui est là, soudain.
Mais Beyrouth reste cachée.
Tu sauras qu'aujourd'hui marque la fin d'une aventure. Notre rencontre a plus de dix ans maintenant. Je suis seul à compter ces années. C'est un drôle de compte à rebours.
Beyrouth, je me le rappelle bien. Tu avais mis un grillage entre nousJe suis rentré tout à l'heure dans les rues entre les bougainvillées en fleurs, qui cachent la misère des murs et qui chantent. Je suis rentré, dans la fraîcheur parfaite de la nuit tombée, montant en lacet entre les maisons qui font de la pierre apparente, pour rire, pour croire que la ville vit. Ce n'était pas Beyrouth interdite, mais une banlieue jadis de campagne qui embaumait et qui entraînait la joie comme on la pense parfois, les jours de prime jeunesse. Ce n'était plus le Liban, un pays fondu dans une ville qui tente, qui marche, qui s'en va vers rien. Je pense à toi, qui ne la connais pas encore, qui en rêves parfois. Il y a presque dix-sept ans que j'ai quitté l'Euphrate et je m'endors sur cette absence.