Diégèse  vendredi 5 mai 2000



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à venir et déjà passédéjà passé et à venir
Aller, venir, marcher, courir, traverser, les verbes viennent et fuient devant l'inanité des jours. Je suis parti te voir à la prison. Je ne pensais pas que tu arriverais là. Je n'avais connu cette situation que dans les feuilletons et les films français de la télévision, des publicités parfois. Et nous nous sommes retrouvés au parloir. Tu m'as demandé si je t'avais apporté ce disque de Françoise Hardy que tu sembles aimer très particulièrement. Elle y chante des yeux bleus et je déplore que ce ne soit pas moi, que ce ne soit pas mes yeux que tu aimes, pour qui tu pleures, mes yeux bleus qui te mènent vers la prison des jours. Tu me regardes sans ciller, me dis que je suis sans doute et que tu ne m'aimes pas. Je pars avec les yeux que j'avais apportés.
Tu sais que tes jeux m'ennuient.
Je ne suis pas allé te voir à l'hôpital. Trop facile de m'annoncer cette opération bénigne au dernier moment, juste pour que je sois obligé de venir te voir, de t'apporter des choses à lire, des magazines et même quelques livres que tu as regardés en soupirant, en maugréant, que ce n'était pas ce que tu voulais, que tu ne lirais jamais cela.
Tu te rappelles l'opération de l'appendice. Tu m'avais demandé de caresser le bourrelet formé par la cicatrice alors même qu'il n'était pas encore entièrement fermé. Je n'avais pas osé, mais ce n'était pas non plus une véritable proposition.
Tu me parles de mes yeux, bleus, dis-tu, comme si tu avais encore connaissance des couleurs. C'est la vie, les yeux et tu es déjà dans la mort du désir, dans l'oubli de ça qui marche vers moi.