Diégèse  mardi 7 novembre 2000


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2000




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L'atelier du texte demain





à venir et déjà passédéjà passé et à venir
Je ne sais que te dire. Tu voulais me faire plaisir sans doute en m'apportant des fleurs jaunes, comme ce soir-là, tu te le rappelais, sur le pont de la Concorde, avec du mimosa. Mais ce n'est plus le temps des fleurs jaunes au plein milieu du mois de novembre, quand les étals sont mauves de bruyère et que les plantes grasses font les délices des appartements trop chauffés. J'ai pris les fleurs de tes mains, et tenant le bouquet, je savais que je palissais, que mon visage se figeait dans cette grimace froide que je prends désormais.
Nous avons dîné ensemble, chacun dans un soliloque et je me suis appliqué à ne pas m'agacer de ton babil à peine prononcé. J'ai attendu la fin de la soirée, comme on attend la fin d'un cours, m'exaspérant du temps que l'on mettait à apporter l'addition du restaurant et ne laissant rien, qu'un peu de peine sur la nappe, légère, oubliée.
Tu connais ce restaurant à côté de chez moi, où l'on boit du vin corse et dans lequel le serveur brun, entre chaque plat, va au bar et, fumant une cigarette, se contorsionne un peu sur de la musique imaginaire. C'est là que je voulais t'emmener ce soir mais j'ai attendu en vain, tu ne voulais pas, tu ne pouvais pas, il ne fallait pas t'engager plus avant, de nouveau et le temps que tu m'expliques tout cela, je n'avais déjà plus faim. J'ai mangé seul et tu as rappelé. C'était fini, tu n'aimais plus la solitude, tu voulais sortir, boire un verre, voir des gens, te distraire avec moi puisque c'était prévu comme ça. Et nous voilà, nous tenant par le bras, croisant des couples qui s'étonnent de tes regards sur eux, sur leurs jambes, sur leur corps, de tes rires enjôleurs qui sont si loin de moi. De retour, ce sont quelques baisers, refroidis, froids déjà et le temps a passé encore sans que jamais ne soit dit l'amour.