Diégèse  mercredi 22 novembre 2000


ce travail est commencé depuis 327 jours et son auteur est en vie depuis 14780 jours (22 x 5 x 739 jours)
2000




hier  
L'atelier du texte demain





à venir et déjà passédéjà passé et à venir
Si tu m'avais dit que tu ne venais pas, j'aurais préparé une autre déception, moins brutale, plus polie, plus douce, plus adoucie. J'aurais passé quelques coups de téléphone, quelques conversations et quelques rencontres en attente, quelques lignes lues, un somnifère peut-être, exceptionnel pour ne pas attendre, jamais plus. Si tu m'avais dit que tu ne viendrais pas, je n'aurais pas rêvé d'aller à l'aéroport, pour t'attendre, pour faire semblant d'attendre, pour te dire bienvenue, pour te faire une surprise, pour être là.
Je t'aime et tu n'es pas là.
Dans le soir, quand je rentre chez moi, ce sont les préparatifs de ton attente qui me font pleurer. Je revois les fleurs que j'avais préparées pour que tu dises que ce sont tes fleurs préférées et qu'il y en a si peu là bas, et que ce sont des fleurs de Paris et que tu les aimes à Paris, et je t'aime.
Il y avait longtemps que je n'étais pas allé à la gare, comme quand j'étais petit et que sur le dernier quai de droite, je voyais arriver ma grand-mère, et que depuis que le temps a passé, j'invente qu'il y avait encore des locomotives à vapeur et je pourrais presque dessiner pour ma grand-mère une crinoline. Depuis, j'ai lu Proust et ses lignes sont venues recouvrir ces souvenirs.
La gare a changé. On l'a mise en scène mais on n'a pas pu enlever le vent froid, l'impression que chaque voyageur apporte un peu de l'air d'Ostende, des plages longues de Belgique et de pays plus froids encore dont on ne sait pas bien si l'on peut toujours les rejoindre par le trainMais il n'y a plus de vapeur et les annonces tintinnabulées ne permettent que des rêveries inachevées, hachées même, comme dans les aéroports, comme partout ailleurs où l'on voyage. Je ne voyagerai plus.