Diégèse  lundi 16 octobre 2000


ce travail est commencé depuis 290 jours et son auteur est en vie depuis 14743 jours (23 x 641 jours)
2000




hier  
L'atelier du texte demain





à venir et déjà passédéjà passé et à venir
Tu dis que tu veux que je sorte de ta vie. C'est ainsi, dans le bruit du restaurant, tu allumes une cigarette, tes yeux fuient un peu, clignent, reviennent se poser sur moi, scrutent mes cernes et les rides de mes yeux, regardent encore, cherchent les traces d'une maladie, de la vie, et disent que tu veux que je sorte de ta vie. Je suis déjà loin. Je réponds que je suis parti depuis des mois, que je n'étais jamais vraiment là. Je dévoile des courses nocturnes à travers la ville, des rendez-vous secrets que tu ne soupçonnais pas. J'invente d'autres textes qui racontent d'autres histoires et mes déceptions se muent en renoncement.
Tes yeux sont passés de la fuite à la colère. Tu feints ensuite le dégout pour donner de l'allure à ton départ de la table. Je reste. Ensuite tout le monde a été très gentil et on ne m'a pas laissé rentrer seul.
Le ciel était dans la pluie toute la journée et je n'ai pu penser un seul instant au soleil et à la mer, comme si je ne savais plus ce que c'était, ce que cela donnait, pourquoi on peut se rouler dans le sable et attendre l'eau fraîche pour frissonner.
J'avais rendez-vous avec toi, avec ton absence définitive. Tu me regardes avec cette impatience qui t'est propre, ta hâte à construire, à détruire, à tirer, à pousser vers des mots que tu ne connais pas vraiment, que tu inventes et que tu crois pouvoir te rappeler.
Je vais m'étendre tout à l'heure dans le noir de la chambre et repenser à ton visage. Comme sur les photos numériques, je peux dans le secret le retoucher, le colorier de tous les crimes, de l'abandon et l'effacer ensuite pour pouvoir dormir sans toi.
Je ne sais pas pourquoi tu veux encore me voir.