Diégèse  vendredi 8 septembre 2000


ce travail est commencé depuis 252 jours et son auteur est en vie depuis 14705 jours (5 x 17 x 173 jours)
2000




hier  
L'atelier du texte demain





à venir et déjà passédéjà passé et à venir
C'était le jour du poisson et je me suis demandé longtemps quel poisson j'allais déjeuner. J'ai mangé une entrecôte, avec toi. Tu m'as emmené doucement, me prenant presque par la main, me disant des choses douces, sur les vendredis et les autres jours de la semaine, que tu connais si bien, que tu apprivoises avec des mots doux dits doucement. Je suis passé, le matin, dans la rue où tu as habité longtemps. Il y a un immeuble que l'on détruit et les démolisseurs ont fait apparaître le pignon de l'immeuble voisin, sur lequel il reste de ces restes de vie, et le pan de mur jaune, comme une phrase de la Recherche que l'on aurait posée trop haut. J'avais envie de le prendre en photographie. Tu m'emmèneras encore dans les rues où tu habites, manger des sandwichs dans du papier qui craque ? Nous sommes allés déjeuner ensemble. Tu me l'as proposé et j'ai accepté, bien que j'aie eu envie de refuser, de ne plus accepter, pour ne plus entendre ta voix douce qui dit des choses douces. Tu me parles de vêtements, de magasins, de luxe et, derrière toi, je vois dans la glace des rides qui partent de la bouche, des rides qui partent du front et du cou, des plis et cet air fatigué qui dénie le luxe et l'envie de dire au corps qu'il peut parler, qu'il peut imaginer qu'on le caresse encore un jour. Je suis revenu seul par les colonnades. J'ai rangé le bureau. Je ne serai pas longtemps dans dans cet immeuble qui bouge, qui rit, sans moi, qui se moque. Mais je plaisante. Je t'attendrai ce soir encore, tu viendras me dire que tu es en retard, que tu dois encore porter à M. un peu de ce pain que tu as acheté tout à l'heure, et dont il manque, mais c'est de toi qu'il manque.