Diégèse  samedi 4 janvier 2003


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Il a lu Pessoa. Il veut comme lui, accomplir des tâches sans miracle et sans passion, dans un bureau à l'odeur aigre, hanté de la sueur de générations de bureaucrates. Pour la première fois, ce dimanche matin, il a pensé qu'il n'aurait plus à redouter de ne pas la voir, s'il partait un plus loin de Lisbonne. Combien d'Electrico sont déjà passés ce matin ?
La ville de Lisbonne ne tombe pas chaque soir dans le Tage, elle en est retenue par les câbles du Grand Eléctrico qui tendent ses murs contre sa propre passion. Et c’est juste par commodité que l’on y fait passer de l’électricité et que s’y accrochent des tramways qui jouent le long des rues sur les collines lisboètes. Aux carrefours des rues pavées, les câbles dessinent dans le ciel le destin de la ville. Les augures les regardent en biais, pour ne rien laisser paraître de leur peur du temps qui vient.
Aux carrefours étroits, les câbles se tendent sur la ville qui joue avec la poussière humide du Tage. Ils portent loin le grésillement morse du Grand Eléctrico, qui tintinnabule jusqu’au début de la nuit. Puis, les néons oranges le remplacent pour des scènes tardives. Les taxis glissent sur les rails, un peu de bruit. Dans les taxis de nuit, les grelins électroniques psalmodient tous les noms de toutes les rues de Lisbonne et le sifflement des ondes raccorde celui de la langue portugaise toute assourdie par le soir bleu.
A Lisbonne, le tramway tournicote. À Marseille, il a servi à s'échapper de la ville, à découvrir plus vite les calanques, à construire des cabanes sur les rochers, à suivre l'éloignement continu des îles du Frioul, à rapporter au vieux port des objets de contrebande, des animaux engraissés. À Lisbonne, il n'y a jamais autre chose qu'un rituel de voyage enfermé.
 











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