Diégèse  lundi 6 février 2006


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Le souvenir et le divertissement. Le souvenir est un divertissement, une sorte de jeu vidéo personnel, un jeu interactif dont il s'agit d'éprouver la jouabilité. Dans le jeu vidéo des souvenirs, le temps n'existe pas vraiment, c'est une donnée virtuelle qui s'interrompt, qui s'accélère, et puis qui revient par soubresauts en arrière, qui se rejoue et qui se déjoue. Le souvenir n'est pas la vie et doit-on en conclure que la vie n'est pas le souvenir, que la vie n'a pas de souvenir.
La crainte du souvenir, on l'a vu, on l'a déjà vu, et c'est une grande banalité de le dire, la crainte du souvenir, la crainte d'un souvenir, le traumatisme, c'est la nostalgie. Est-ce qu'il y a des souvenirs qui ne soient pas nostalgiques ? Est-ce qu'il y a seulement des souvenirs ? Est-ce que le souvenir, ce que l'on nomme communément souvenir n'est autre que le support, le support douloureux, le support un peu douloureux de la nostalgie ?
Dehors. C'est encore Venise.
B. est seul à une table de trattoria. C'est le matin. C'est visiblement le matin. Comment sait-on que c'est le matin à Venise ? Sur la table, il y a quelque chose, n'importe quoi mais quelque chose, qui évoque le petit déjeuner, qui évoque un petit déjeuner, comme une grande tasse, comme de la confiture internationale en petite barquette ronde, comme l'opercule de la barquette de la confiture un peu retourné et posé sur la table à côté de la grande tasse. C'est donc le matin à Venise. 
Sur la table, à côté de la grande tasse, il y a un carnet, le carnet, ce que l'on appellera désormais le carnet de notes de B. Mais B. regarde un ordinateur portable. Il n'écrit pas. Il regarde un ordinateur portable. S'il y avait une caméra. Si la scène était une scène filmée, la caméra viendrait se placer derrière B. et capterait l'image affichée sur l'écran de l'ordinateur, les images.
Sur l'écran de l'ordinateur, c'est aussi Venise. Ce sont des images du cimetière de Venise, vues de la lagune. C'est une citation. On admettra qu'il s'agit bien d'une citation d'un film de Guy Debord. In girum imus nocte et consumimur igni.
Alors, ce qui fait office de caméra revient en arrière à moins que ce ne soit ce qui fait office de film qui revienne en arrière. Il s'agirait donc d'un va et vient, d'un mouvement perpétuel.
In girum imus nocte et consumimur igni. Un palindrome. Le palindrome donné comme titre au film de Guy Debord, ce film que l'on ne pouvait plus voir et que l'on peut voir de nouveau. Je suis soulagé, un peu honteux mais soulagé, d'avoir choisi, d'avoir choisi avec beaucoup de présomption la méthode qui n'est pas une méthode, qui n'est pas un truc, qui est déjà un récit, de m'être autorisé à suivre Monsieur Pinter dans son récit de comment viennent ses pièces et de faire comme s'il s'agissait d'une méthode, comme s'il s'agissait vraiment d'une proposition d'écriture, d'un dispositif qui permet d'écrire. Je suis soulagé de n'avoir pas imaginé, de n'avoir pas osé imaginer utiliser, inventer une méthode Debord, pour écrire, pour oser écrire. J'aurais été consumé dans le feu.




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Il y a la place pour ne plus dormir. Or, que vois-je sinon des chapeaux et des vêtements sous lesquels pourraient se cacher des automates ? il divertimento. Je ne crains pas ton souvenir. Quand tu penses que la vie n'est pas avec moi, tu me prends un peu de mes souvenirs. C'est un travail d'édition.