Diégèse  lundi 9 janvier 2006


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2006

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Caresser le cou, baisser les yeux, ensuite, chuchoter des destinations et des mots d'amour... Il s'agirait de pouvoir imaginer l'intimité, une scène d'intimité et que les personnages puissent se rapprocher l'un de l'autre, se regarder, se parler. Apprendre ainsi la pudeur.
Patrice Chéreau, je crois, dit qu'il a arrêté le théâtre parce que l'on y parle trop loin.
Pensant à ces personnages qui se rapprochent, je pense soudain à rapprocher les personnages, les rapprocher du narrateur, pour qu'on puisse les voir de plus près, et dans les détails, et dans tous les détails de leur rêve.
Quelle était la distance pour que l'on puisse distinguer de façon suffisamment précise les veines du cou ?
L'homme sourit. Il semble chercher à qui il sourit. Il semble chercher avec attention, il cherche avec attention. Mais il regarde devant lui, seulement. Il ne se retourne pas. Il ne regarde pas derrière lui. Il ne change pas de place.
C'est d'abord un murmure, un murmure entre les lèvres de l'homme, puis il hausse un peu la voix tout en détachant mieux les syllabes, puis il hausse la voix, encore.
Madrid, amour, Venise, caresse, Berlin, Budapest, Prague, Sarajevo, regarde, regarde mes yeux, mes yeux de voyage, mes yeux de rêve. Je suis le rêve inabouti.
Ensuite l'homme baisse les yeux. Il baisse seulement les yeux, sans baisser la tête.
Il est important de donner des indications sur la diction de l'homme qui dit "Madrid, amour, Venise, caresse...". Je ne sais pas comment le noter. Je sais comment le noter. Il s'agit juste de trouver la bonne didascalie, la bonne indication de jeu de scène. Mais pour donner cette didascalie, il faut que j'accepte qu'il s'agirait d'un texte qui puisse être joué. Il peut aussi s'agir de didascalies durassiennes, c'est à dire telles que, je crois, on les trouve, dans les livres de Marguerite Duras, sans pourtant le vérifier, sans aller le vérifier, là, maintenant. 
Donc il ne s'agit pas d'attribuer "amour" à "Madrid" ni "caresse" à "Venise", mais le débit de l'énumération, avant de se perdre dans les Balkans, est une hésitation. L'homme, le personnage, hésite entre l'amour et le voyage, entre les mots d'amour, qui s'épuisent vite, et les destinations multiples, qui sont aussi des mots de guerre.
 




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Le voile de l'incompréhension. Je suis le rêve inabouti. Chuchoter alternativement des destinations et des mots d'amour. Une plainte, un chuintement presqu'évanoui, distant. Baisser les yeux pour apprendre, ainsi, la pudeur. Pouvoir même, parfois, dans l'abandon, caresser le cou.