Diégèse  mardi 10 janvier 2006


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2006

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Intérieur ou extérieur ?
Les personnages sont à l'intérieur. Mais cela n'a pas vraiment de sens. L'espace de la scène n'est ni intérieur, ni extérieur. D'ailleurs, je ne me représente pas les limites de la scène, je ne vois pas de fond de scène, je ne vois pas de coulisse, je ne vois pas de cour, ni de jardin, je ne vois pas de rideau, je ne vois pas de poussière sur le rideau, je ne vois pas de couleur, je ne vois pas de rouge, de rideau rouge. Mais il peut aussi y avoir un rideau, muleta odorante, qui cache et qui dévoile, qui se joue de personnages en réserve, de réserve, qui ne seront jamais appelés, peut-être, comme les joueurs remplaçants des matchs de football. Les personnages remplaçants sont derrière le rideau rouge.
Hier soir, une femme, personnage remplaçant, traversait la rue devant moi, avec des cheveux fatigués, des yeux fatigués et toute la fatigue dans son allure, dans son déplacement, dans sa posture, dans ses vêtements qui avaient mimé la fatigue du corps et la fatigue des gestes.
Cette fatigue restera cachée.
L'homme immobile garde les yeux baissés dix secondes, exactement dix secondes. Il relève les yeux et son regard et son sourire cherchent encore, mais autrement, cherchent comme on cherche son reflet dans un miroir et la tête oscille pour que les yeux puissent vérifier la tempe gauche puis la tempe droite et le menton, le cou, le cou encore, la cache secrète du cou, la jointure fragile du menton et du cou. L'homme caresse les veines de son cou, encore.
Sur l'écran de télévision, des images commencent à défiler, des images fixes, des photographies de paysage, des photographies de paysages montagneux, des photographies de montagne, la montagne sous la neige. Une montagne d'enfance, de livres d'enfants, sous la neige avec des sapins. 
Puis l'image sur l'écran commence à s'étendre, commence à s'élargir, commence à dépasser le cadre de l'écran du téléviseur. Elle occupe progressivement tout l'espace derrière le personnage. L'image de la montagne éclaire le personnage, presque comme un soleil. L'homme est toujours occupé à traquer son reflet dans un miroir qui existe ou qui n'existe pas mais que l'on ne voit pas.
Un personnage, à l'évidence, un personnage, évidemment, est exact, minutieux, précis, mécanique. Il baisse les yeux exactement dix secondes. Pas onze secondes, pas neuf secondes. Exactement dix secondes. Il n'y a pas de sens particulier à ce qu'il garde les yeux baissés dix secondes et j'aurais pu écrire qu'il garde les yeux baissés une poignée de secondes et le mot poignée aurait pu entraîner à sa suite d'autres gestes, mettre en mouvement d'autres parties du corps du personnage, d'autres images. Alors pourquoi dix secondes ? Pour le plaisir de compter les secondes.
Avec l'image qui s'agrandit au delà de l'écran de télévision, je règle la question de l'extérieur ou de l'intérieur. C'est évident. Pas la peine de l'écrire. Mais je ne sais pas encore s'il fait froid ou s'il fait chaud. A-t-on jamais rencontré un metteur en scène de théâtre qui règle la température de la salle en fonction de ce qui se passe sur la scène ? Je vais demander. Peut-être. Tout n'a-t-il pas été essayé ? Mais cela n'a aucune importance. Cela n'a aucune importance, la température de la salle. Il ne s'agit d'ailleurs pas ici de salle, ni de théâtre.
 




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La terre crie au fou. Proclamer la mort. Croiser un miroir. Jouer à la vieillesse ou à la convalescence. La montagne sous la neige (la nuit). Une muleta odorante.