Diégèse  jeudi 12 janvier 2006


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2006

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Le personnage doit parler à quelqu'un. Quelqu'un, c'est un autre personnage. 
Harold Pinter ne dit pas vraiment comment viennent les noms des personnages, de ses personnages, de ceux qu'il nomme, qu'il appelle d'abord A, B, C...
J'ai l'impression, je ne sais pas, mais j'ai l'impression que les personnages, pour se parler, ou plutôt pour dialoguer, pour engager un dialogue, ce dialogue même qui va laisser le narrateur et l'auteur en dehors du coup de la conversation, pour faire ce dialogue, pour l'interpréter, j'ai le sentiment que les personnages ont besoin de noms et je crois que tant que les personnages ne sont pas nommés, on ne peut jamais être certain, jamais être sûr de leur parole, de l'adresse de leur parole. Sans nom, les personnages parlent à n'importe qui et peut-être directement au spectateur, au lecteur... Les personnages sortent du texte, les personnages quittent la scène.
Je dois leur trouver un nom, je dois leur trouver un nom à chacun car s'ils ont le même nom, comme ça, comme ça juste pour jouer, ce ne sera pas possible, ce sera compliqué. 
Est-ce que je dois arrêter de jouer ?
"Tu sais, si je parle, c'est comme ça, c'est comme ça pour jouer, par jeu. Ce n'est pas que j'ai des choses à dire, ce n'est pas que je doive dire des choses, que ce soit irrépressible. Je peux ne pas parler. Je suis peut-être un danseur. Je suis peut-être ton danseur et je ne parlerai pas, et je ne devrai pas parler, et il ne faudra pas que je parle. Mais je ne suis peut-être pas danseur. Je ne suis pas ton danseur. Ou alors je suis un danseur qui parle. C'est indécidable."
Puis l'homme se tait. Il baisse la tête. Il ne sourit plus. Il est toujours superposé à l'image de la montagne, l'image de la montagne enneigée, la montagne de l'enfance, une montagne de poster géant, de ces posters géants des années soixante-dix que l'on affichait dans les chambres d'enfants, dans les chambres d'enfants des classes populaires, dans les chambres, pour décorer. L'image se rétrécit peu à peu. L'image revient vers l'écran de télévision. Elle le réintègre.
L'homme s'assied dans le fauteuil. Il tourne donc le dos. Il tourne le dos. Il nous tourne le dos. Nous ? Il me tourne le dos. A moi ? 
"Nomme-moi. Je ne bouge plus et je me tais jusqu'à ce que tu me nommes. Pour moi, c'est le froid, c'est le point de grand froid, de grand gel et de grande tempête. Nomme-moi, je ne danse plus, je ne chante plus, je ne parle plus, je ne t'aime plus
Est-ce que je peux me brouiller avec ce personnage, ce personnage qui n'a même pas de nom, à qui je ne suis pas certain de pouvoir donner un nom ? 
Et si je ne pouvais rien pour lui ? Je peux le laisser dans la tempête et moi aussi, comme ça, juste pour jouer, puisque c'est un jeu et pourtant je ne peux pas jouer, comme ça, le laisser dans la tempête, à son point de grand froid, puisque ce n'est pas un jeu, puisque ce n'est pas comme ça, juste pour jouer. 
Il est assis dans le fauteuil, à la place de l'autre homme qui n'est plus là. Il est assis à sa place, mais le point de vue est inversé. Il tourne le dos. Il exagère. Le personnage exagère. Ce personnage exagère
Je l'aime.




2005 2004 2003 2002 2001 2000




Indécidable. Qu'est-ce donc qui sera vrai ? Le texte par tous les bouts. Juste pour rester là où les gens passent vite. Comme ça, pour jouer. Le froid, le point de grand froid, le point de grand gel et de grande tempête.