Diégèse  jeudi 26 janvier 2006


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2006

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Faire comme si. Faire comme si de rien n'était, comme si rien, donc, ne se distinguait de ma pensée, de la pensée, mais les personnages n'ont pas de pensée, ils ont à peine la parole, on leur laisse à peine la parole, on leur donne des images, on leur enlève des images, on leur donne de la lumière, on leur enlève la lumière. On ne leur donne rien, puis on ne leur donne rien. Les personnages sont comme les hommes politiques, ou ce sont peut-être les hommes politiques qui sont des personnages. On leur donne et on leur enlève la parole. On leur donne et on leur enlève une image, leur image. On leur prête une pensée. Parfois, on leur prête une pensée. Et pourtant, sans doute, même les personnages pensent. Et pourtant, sans doute, même les personnages souffrent. Et pourtant, sans doute, personne ne sait si les personnages pleurent. A. Raconte-moi le passé.

B. Je t'écoute.


A. Le passé.


B. Il était une fois le passé. Il était une fois, dans un monde, dans un certain monde, un temps, un certain temps, que l'on appelait le passé. Le passé était un temps commode, un temps accueillant, qui engrangeait, qui accumulait, qui acceptait tout ce qu'on voulait bien lui donner et qui accueillait aussi quantité de choses que l'on ne voulait pas lui donner et qui lui revenaient sans qu'on l'ait voulu, sans qu'on l'ait jamais voulu, qui revenaient au passé, qui lui revenaient nécessairement, sans qu'on l'ait vraiment voulu, sans qu'on le sache même. Certains tentaient de se défendre contre la gloutonnerie du passé, mais le passé les avalait, les digérait, ogre vorace, ogre universel, ogre impitoyable. Ils lui avaient pourtant tout cédé, tout jeté, des histoires et des histoires, des enfances, des amours et des tas de souvenirs, des souvenirs et des souvenirs, des lectures, des douleurs, de grandes joies et des peines, ils avaient tout jeté au passé, vers lui, pour lui, pour ne pas être engloutis par le passé, qui ne se contentait pourtant jamais de leur bimbeloterie et qui finissait toujours par les prendre eux aussi.


A. Mais le passé...


B. Je t'écoute.


A. Le passé.


B. Je t'ai écouté.
C'est curieux comme le dialogue entre les personnages se construit de dilatations et de rétractations et ces mouvements brusques qui font que le dialogue est toujours, jusqu'à présent, posé de biais, prêt à tomber du texte. Ces mouvements donnent au dialogue qui, en aucun cas, n'est une conversation, donnent au dialogue entre les personnages, une grande violence. Je sens monter, je vois, je ressens une grande violence entre ces personnages, ces deux personnages A. et B., dont on se rappellera cependant qu'ils ont dit, qu'ils ont dit eux-mêmes, il y a plusieurs jours et peut-être plusieurs semaines, qu'ils ont dit qu'ils n'étaient qu'une abstraction. S'ils sont une abstraction, rien ne dit, rien ne dit surtout qu'ils seraient des symboles, qu'ils seraient des figures, qu'ils seraient des prototypes. Ce sont juste des personnages qui errent dans la nuit du texte, qui cherchent la sortie, qui cherchent à sortir.




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On fait comme si. Y a-t-il rien qui se distingue de ma pensée ? Une norme de vie. Je reprends mon amour. Je ne commence pas à t'oublier. I'll be seeing you.