Diégèse  mardi 31 janvier 2006


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2006

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avant le texte
le texteaprès le texte
Se souvenir du moment, se souvenir. Se souvenir de quel moment ? Et faut-il se souvenir ? Ce sont des souvenirs de ville qui viennent, des souvenirs urbains, des souvenirs de rien, de rien du tout, des souvenirs qui ne se souviennent de rien, de rien du tout. Qu'est-ce qui vient ? Quel souvenir si cela s'appelle encore souvenir, si cela peut encore se nommer ? Rien. Il ne vient pas de souvenirs. Il ne vient rien. Rien. Il ne vient pas de souvenirs. Il ne vient rien. Tant mieux, tant mieux d'ailleurs si le texte ne peut pas s'appuyer, ne s'appuie pas, ne va pas s'appuyer sur des souvenirs. Tant mieux si le texte va s'affranchir de souvenirs qui traînent, de souvenirs qui ne demandent qu'à traîner, de souvenirs qui se traînent longtemps et qui demeurent, qui s'incrustent. Le texte s'échappe. On n'a pas fait attention, il n'est pas certain que l'on ait fait attention, il n'est même pas certain que l'on voie bien, que l'on distingue bien qu'il y a désormais l'image d'un homme sur le téléviseur, une silhouette d'abord, une silhouette éloignée, une silhouette de loin, pas de très loin, pas de très très loin, mais de loin, et l'image grandit, s'agrandit, c'est à dire que l'homme approche de la caméra qui capte l'image, ou qui a capté l'image si ce n'est pas en direct, si ce n'est pas du direct, ou alors que la caméra s'approche de l'homme, ou les deux. C'est indécidable. Donc, pendant que A. parle, il y a l'image de cet homme sur l'écran du téléviseur, l'image qui s'agrandit. C'est B. C'est l'image de B. 
Quand l'image de B est suffisamment proche, suffisamment pour que l'on distingue ses traits, aussi proche qu'un présentateur de journal télévisé, on entend sa voix. C'est à dire qu'il commence à parler, on entend sa voix. C'est sa voix.

B. Tu vois je m'éloigne.


A. Tu te rapproches.


B. Tu vois je me suis éloigné.


A. Tu traînes.


B. Tu te rappelles les derniers mots, les tous derniers mots que je t'ai dits, que je t'ai dits avant de partir, avant ce que l'on peut considérer comme un départ ?


A. Je ne sais pas. Je ne crois pas me rappeler. Je ne crois pas pouvoir me rappeler. Je n'ai pas de souvenir. Je n'en ai pas le souvenir.


B. Je t'ai rêvé aussi distincte....


Avec une télécommande, A. éteint le téléviseur, avant que B. n'ait fini la phrase. Il reste ensuite sans bouger, sans bouger du tout. Il reste là. Il dit :


A. Je reste là.


Puis il rallume le téléviseur. Il y a une image fixe, comme un lecteur qui est resté sur une image fixe lorsque le téléviseur s'est éteint. C'est le visage de B.


B. ... ment que j'ai pu et je suis désolé de t'avoir manqué.


A. Je reste là.
Replay. Les personnages jouent et rejouent une séparation, jouent et rejouent la séparation, le grand mythe de la séparation, cette séparation qui n'a de sens, qui ne peut exister, qui contrairement à la cire de Descartes, ne peut exister que si elle est approchée du souvenir, des souvenirs, du feu désespéré du souvenir. Car si l'on ne se souvient pas, si l'on n'a plus de souvenirs, il n'y a plus de séparation, il n'y a plus que le désespoir.

Le texte choisit le désespoir puisqu'il s'est interdit le souvenir. Ce que l'on pouvait croire, ce que l'on pouvait encore croire comme étant une conversation, la suite d'une conversation, la fin d'une conversation entre A. et B. par le truchement d'un dispositif technologique de caméra et de téléviseur, ce que l'on croyait peut-être, se révèle être un souvenir, un souvenir enregistré, un trompe-l'œil, un passe temps, un passe temps à la demande.

Déconstruction.




2005 2004 2003 2002 2001 2000




Il y a quelque chose du désespoir et il y a quelque chose de l'espérance. Mais tandis que je parle, voici qu'on l'approche du feu. Une réticence. Et je vais encore traîner comme un ciel de traîne, avec la pluie. Il y a les corps et le mien aussi et la crainte des corps et ma crainte. Quand je suis loin, tu t'éloignes.