diégèse 2006

l'atelier du texte

Séquence 32
Séquence 33

Noëmie : vous attendez que l'hiver revienne. Vous attendez que l'hiver soit revenu pour qu'il se passe quelque chose ? Après tout, vous êtes les personnages. Je suis didascalienne. Je ne suis pas protagoniste de votre tragédie.

Mathieu : tu vois bien qu'il se passe quelque chose puisque grâce à toi nous savons désormais que c'est l'été. Nous savons désormais que c'est une tragédie. Nous pouvons légitimement supposer que la fin ne sera pas tranquille, ne sera pas heureuse. Ce sera une fin de tragédie. Ce sera une fin tragique.

Gustav : il n'y a pas de fin. Il n'y a pas de fin tragique. Après tout, je paye pour cela.

Mathieu : tu payes et pourtant rien n'indique que ce que tu payes est suffisant pour nous faire exister, pour nous faire exister vraiment. Tu payes peut-être pour rien. Tu payes peut-être pour de la poussière de personnages, pour des effigies. Tu payes pour quelques mont qui ne constituent pas à coup sûr une expérience, une expérimentation de l'existence, de l'existence réelle de personnages réels.

Gustav : est-ce que tu existeras davantage si je te frappe ? 

Mathieu : tu ne me frapperais pas vraiment.

Noëmie : Gustav frappe Mathieu violemment. Pendant quelques instants Mathieu regarde Gustav, comme incrédule. Il semble qu'il y ait aussi de la douleur, de la peine dans son regard, de l'étonnement dans son regard et aussi un peu de colère, de cette colère qui fait partir ou qui fait riposter.

Mathieu : tu es didascalienne, tu ne commentes pas un match de boxe.

Noëmie : ne me mêlez pas à vos histoires. Je ne fais pas partie de la pièce.

Mathieu : tu ne m'as pas vraiment frappé car ce n'est pas possible et cette impossibilité est prévue, est inscrite dans le contrat, dans le contrat que nous avons passé qui dit qu'il ne peut être exercé sur moi, dans l'exercice de mes fonctions d'ami tarifé aucune violence physique d'aucune sorte sous peine de rupture immédiate du contrat avec versement de dommages et intérêts. tu ne voudrais pas cela n'est-ce pas ?

Noëmie : cependant mon contrat stipule que seule une raison irréfutable, irrémédiable peut autoriser les personnages à échapper aux didascalies que je prononce.

Mathieu : c'est une raison, ce contrat, ce contrat de fiction d'une année.

Noëmie : peut-être.

Mathieu : et si je te frappe ?

Noëmie : si tu me frappes, je porte plainte. Nous ne sommes, toi et moi, liés par aucun contrat, par aucun contrat d'aucune sorte et nos contrats respectifs passés avec Gustav ne disent rien, ne disent vraiment rien des relations ou de l'absence de relations que nous devons avoir. Nous sommes donc sous le joug de la loi, de la loi commune, de la loi des tribunaux... Coups et blessures.

Mathieu : je ne te frapperai pas, je ne te frapperai évidemment pas. Cela ne ferait en rien avancer l'histoire puisque tu ne fais pas partie de l'histoire, tu ne joues pas dans la pièce.

Noëmie : il y a aussi le harcèlement moral.

Mathieu : il n'y a aucun lien contractuel entre nous.

Noëmie : il n'y a pas de lien contractuel.

Mathieu : il n'y a pas de contrat.

Noëmie : Noëmie frappe Mathieu violemment. Gustav rit.

Gustav : je ne ris pas.

Noëmie : Gustav rit.

Gustav : je ne ris pas.

Noëmie : Noëmie frappe Mathieu une deuxième fois. Gustav rit toujours.

Mathieu : Gustav rit.

Gustav : nous pourrions rire tous les trois. Nous pourrions bien davantage encore, nous pourrions faire bien davantage, ressentir, vivre, et nous pourrions réciter tous les verbes. Il suffirait d'un peu d'amour, un peu plus d'amour, encore un peu d'amour.

Noëmie : ce n'est pas contractuel.

Mathieu : ce n'est pas dans le contrat.

Gustav : et si je vous frappais et je vous frapperais par amour, ce serait dans le contrat. Nous ferions un avenant. On peut dès lors faire un avenant qui indique que nous nous aimons, que nous devons parvenir à nous aimer.