diégèse 2006

l'atelier du texte

Séquence 39
Séquence 40

Gustav : est-ce que nous avons quelque chose à dire de la beauté ? Est-ce que c'est dans notre texte ? Est-ce que c'est dans notre jeu ? Est-ce que nous sommes du coté de l'esthétique ?

Mathieu : nous serions du côté de l'art, nous serions des objets artistiques.

Noëmie : il ne me semblait pas tout à fait certain d'avoir mal à un membre...

Gustav : laisse tomber Descartes. Ce n'est plus dans le texte.

Mathieu : et si nous sommes dans l'art, et si nous sommes de l'esthétique, si nous sommes des personnages rêvés, est-ce que nous pouvons rêver la beauté ?

Gustav : il n'y a pas de différence, je ne vois pas de différence entre la beauté réelle et la beauté rêvée. La beauté est toujours une fiction.

Mathieu : mais il y a la nuit.

Noëmie : et soudain, Gustav et Mathieu scrutent cette histoire défaite.

Gustav : une histoire défaite dont je feins d'ignorer l'auteur.

Mathieu : une histoire défaite qui ne parie pas sur la prochaine éclipse.

Gustav : une histoire défaite, une vraie perte de temps.

Mathieu : et le temps se déploie en répétitions infinies.

Gustav : il faudrait dormir maintenant.

Mathieu : nous ne pouvons pas dormir, ni même faire semblant de dormir, nous n'existons déjà que quelques minutes par jour, nous n'existons déjà que quelques mots par jour et nous avons tout loisir de dormir quand nous ne parlons pas, quand nous ne sommes pas sous cette lumière.

Gustav : alors nous pouvons éteindre la lumière et parler dans le noir.

Mathieu : nous pouvons éteindre la lumière et parler dans le noir.

Noëmie : ils éteignent la lumière et ils se taisent.

Gustav : je pourrais me taire longtemps.

Mathieu : je ne pourrai pas me taire longtemps.

Noëmie : Gustav utilise le conditionnel et Mathieu utilise le futur. Cela devrait être l'inverse car c'est Mathieu qui pourrait se taire longtemps.

Gustav : mais c'est moi qui ai parlé le premier.

Noëmie : ce n'est pas nécessaire de prendre sa défense. Je ne l'ai pas attaqué. Ce n'est pas mon rôle. Ce n'est pas le rôle que je joue. Ce n'est pas le rôle que je dois jouer.

Gustav : je ne joue pas de rôle. Je tente la vie.

Mathieu : je ne joue que sur commande. Je ne pleure que sur commande aussi.

Noëmie : et pour l'amour, comment faites-vous ?

Gustav : je ne sais pas de quoi tu parles. Si j'aimais, je ne serais pas ici, je ne vous aurais pas engagés. Si j'aimais, si je connaissais encore ce mot, si je pouvais encore le reconnaître dans ma pensée et puis le porter jusqu'à mes lèvres, le mot aimer, si je pouvais encore, si j'avais jamais pu, alors, nous ne serions pas ici.

Mathieu : et pourtant, il faudra bien essayer, il faudra bien essayer encore, encore essayer. Il faudra bien.