diégèse 2006

l'atelier du texte

Séquence 40
Séquence 41

Gustav : je ne sais plus si j'ai envie de continuer, si j'ai envie de continuer à être là, à être là avec vous, à être là avec vous et à ne rien faire de votre présence, à ne rien faire de cette situation. Je ne sais plus si j'ai envie de partir, de rester, de voyager ou de ne pas voyager. Je ne sais plus ce qu'est la fatigue car la fatigue, c'est encore le désir. Je suis au delà de la fatigue. C'est au delà.

Noëmie : nous ne sommes là que par toi, nous ne sommes là que pour toi, nous ne sommes là qu'avec toi. Nous avons exposé chacun nos motifs, nos motivations et nous nous sommes éloignés parfois d'une réserve pourtant stipulée dans le contrat. Nous ne nous posons pas la question du désir. C'est plus facile. C'est beaucoup plus facile pour nous.

Mathieu : j'en ai assez. J'en ai vraiment assez. Le contrat ne suffit pas, le contrat ne suffit plus à accepter, ne suffit plus pour accepter qu'il ne se passe plus rien, qu'il ne se passe vraiment plus rien et que nous soyons déjà dans la nostalgie de la façon dont il ne se passait rien avant.

Noëmie : il est certain que je suis réellement distinct de mon corps et que je peux exister sans lui.

Mathieu : c'est encore une controverse.

Gustav : je voudrais que vous cessiez de vous comporter comme des enfants. Je voudrais que vous arrêtiez de faire comme des enfants. Je n'ai pas engagé des enfants. Je voudrais que vous cessiez de faire semblant de souhaiter une fiction normale, que vous cessiez de faire semblant de jouer dans une fiction télévisée, une fiction filmée, une fiction écrite. Vous ne jouez pas vraiment. Je vous paye pour exister, pas pour jouer. Je vous paye pour être là, pas pour devenir le support d'événements qui seraient eux-mêmes le support d'une distraction. Vous n'existez pas pour meubler les loisirs.

Mathieu : quand je faisais de la politique, quand j'étais un homme politique, je ne pensais pas que j'existais pour meubler les loisirs, je ne m'imaginais pas comme un loisir, comme un loisir pour qui que ce soit. Pourtant, quand on lisait le compte rendu d'une de mes déclarations dans le journal, quand on lisait ce journal chez soi ou dans les transports, j'étais aussi un loisir, une forme de loisir, une occupation. Quand il y a eu l'affaire, quand tous les médias évoquaient l'affaire, je n'ai plus été qu'une occupation, qu'un sujet de conversation. C'est aussi ce qui m'a conduit à cette activité, à ce nouveau métier d'ami tarifé. J'assume entièrement d'être un objet de loisir. J'ai devancé les Américains. Je vais breveter le concept de "human free time toy".

Noëmie : free time toy... Tu ne peux pas ignorer, tu ne peux pas faire semblant d'ignorer que cette expression, ce nouveau terme a quelque chose de sexuel, comme une invitation subliminale à une sexualité tarifée. Tu joues toujours avec l'idée de prostitution et c'est désagréable.

Mathieu : c'est désagréable pour qui ? Pour personne. Il n'y a personne pour qui ce pourrait être désagréable.

Gustav : tu penses qu'il n'y a personne. C'est un pari. C'est risqué. Il y a peut-être autre chose que la nature et puis nous jouons avec Descartes, nous ne jouons pas avec Pascal. 

Mathieu : nous jouons ? Mais ce n'était pas un jeu. Tout à l'heure, ce n'était pas un jeu. Tout à l'heure, ce n'était pas un jeu, pas vraiment, pas encore. 

Noëmie: le soleil peut entrer. C'est un jeu.