diégèse 2006

l'atelier du texte

Séquence 41
Séquence 42

Gustav : je pars vers les écrans. Ce sont de petits écrans. Je vais être mobile, je vais être portable. Je vais être transportable. Je suis une vignette de basse définition. Que peut-on en conclure ?

Mathieu : comme je l'ai déjà remarqué plus haut.

Noëmie : Descartes.

Mathieu : je suis sur un autre écran, sur un écran de poche, avec un étui en cuir, un étui fabriqué par une grande marque et c'est l'étui qui est offert en cadeau. L'écran s'achète n'importe où, avec la mémoire qui propose plusieurs fonctionnalités.

Noëmie : je surveille les écrans. Je surveille pour qu'il ne se passe rien. Il ne se passe rien.

Gustav : tu surveilles à distance.

Noëmie : télésurveillance.

Mathieu : je surveille et je révise, je repasse, je visionne et je visionne encore les images de Venise, les images que nous avons données quand nous étions à Venise, les images des trattorias de Venise.

Gustav : je surveille aussi et je ne me souviens pas de Venise, je ne me souviens pas des trattorias de Venise ni de rien d'autre à Venise. Je ne me souviens que des images des films qui montrent des images de Venise.

Noëmie : par conséquent, il existe des choses corporelles. Descartes.

Gustav : la conséquence est un fantasme.

Mathieu : si je me rappelle, si je veux me rappeler, ce sont les murs blancs qui l'emportent encore, ces murs blancs, la discrétion des murs blancs et peu importe que ce soit à Venise. L'image se fixe sur un écran entièrement blanc, comme un mur, un mur.

Noëmie : il n'y a rien derrière le mur blanc.

Gustav : les écrans sont en panne. Nous pouvons passer le temps en conversations faciles. C'est ce que nous faisons. Nous parlons pour oublier le temps.

Mathieu : les écrans ne sont plus en panne. Ils sont notre mémoire et nous pouvons revoir en boucle notre arrivée sur cette scène. Je suis sur le canapé, qui est alors encore un canapé, un canapé qui va devenir le canapé et l'on ne perçoit bientôt que les veines de mon cou. Je ne me nomme pas. Puis c'est le dos d'un autre personnage qui n'est pas encore nommé, qui est sur la gauche de la scène ou sur la gauche de l'écran. C'est Gustav. Ce sera Gustav. Il y a si longtemps, et c'est à quelques mots, c'est juste à quelques mots.

Noëmie : moi j'étais une voix, j'étais seulement une voix et je suis restée une voix pendant plusieurs jours. J'ai oublié le jour où je suis apparue, le jour où j'ai pris corps, avec un dos, avec es fesses, avec des fesses aussi auxquelles, par contrat, j'avais droit. J'avais le droit, j'avais bien le droit de venir sur cette scène avec mes fesses.

Gustav : avec mes fesses aussi.

Noëmie : on ne voyait que ça.

Mathieu : avec ou sans fesses, il ne se passe rien. Nous n'allons pas ajouter du drame au drame, du drame à ce drame. Il ne se passe vraiment rien, rien qui puisse s'écrire, rien qui puisse se peindre, rien qui puisse se réciter, se déclamer, se jouer, se montrer.

Gustav : c'est nouveau ? 

Mathieu : ce n'est même pas nouveau.