diégèse 2006

l'atelier du texte

Séquence 42
Séquence 43

Gustav : je voudrais faire de la politique. C'est pour cela aussi que je t'ai engagé, pour que tu m'apprennes la politique.

Mathieu : je voudrais faire l'amour. je voudrais faire l'amour. La politique m'a abandonné.

Noëmie : j'ai un corps auquel il arrive du mal.

Gustav : Descartes ?

Noëmie : René Descartes.

Mathieu : ce n'est plus possible, ce n'est plus possible, vraiment possible, encore possible de faire de la politique, de vraiment faire de la politique puisque le présent à venir n'existe plus, puisque nous sommes dans un présent étale, dans un présent fixe.

Gustav : mais cela m'est égal. Cela m'est également égal. J'ai souvent ri seul dans les ruines, déjà.

Mathieu : mais il s'agira d'affrontements.

Gustav : il n'y a plus d'affrontements. Il n'y a plus vraiment d'affrontements. Tu m'as raconté qu'en 1981, un candidat, le candidat qui serait ensuite élu, évoquant un débat télévisé, avait parlé de corps à corps. Il n'y a plus de corps à corps en politique. Il n'y a plus que le fantasme.

Mathieu : tu supposes donc que j'ai pu te raconter cela en dehors du texte, en dehors de l'espace de ce texte. Tu supposes donc que je puisse te dire des choses, que j'ai pu te dire des choses, des mots, des phrases, en dehors de cet espace donné, cet espace qui dure depuis des semaines. Et il serait encore plus vaste.

Gustav : je fais de la politique.

Mathieu : tu ne fais pas de la politique et tu ne fais pas de politique. Tu es seul. Tu es seul avec nous qui ne sommes ni un auditoire ni des électeurs. Nous n'élisons rien, nous ne demandons rien, nous ne jugeons pas, nous ne préférons pas. Car il y a la question du choix dans la politique, il y a le choix, il y a l'idée du choix et nous n'avons pas le choix et nous n'avons aucun choix.

Gustav : pas même le choix de souffrir ou de ne pas souffrir.

Noëmie : ce sont certaines modalités confuses de la pensée.

Mathieu : certaines modalités confuses de la pensée... Descartes. Ce sont les émotions.

Noëmie : et il existe divers autres corps autour de mon corps.

Mathieu : Descartes. Ce sont les sensations.

Gustav : j'ai tourné la page des émotions et j'ai tourné la page des sensations. Je veux faire de la politique.

Noëmie : et mon corps peut être affecté diversement en bien ou en mal par les corps qui l'environnent.

Gustav : je veux faire de la politique.

Mathieu : cela n'a pas de sens.

Gustav : cela n'a pas de sens. Je veux faire de la politique. Je ne veux plus de cette démocratie réduite au droit de vote. Je peux être affecté diversement en bien ou en mal par autre chose que les corps qui m'environnent.

Mathieu : alors ne regarde pas dans les livres. On ne fait pas de politique avec des livres. Les livres ferment les espoirs, referment les espoirs des peuples. Regarde ailleurs. Demande que le temps s'allonge, qu'il te fasse un peu de place pour changer les choses, pour les modifier un peu. La politique est toujours une prière au temps.

Gustav : ce n'est pas simple.

Mathieu : la simplicité en politique porte toujours la régression.