diégèse 2006

l'atelier du texte

Séquence 46
Séquence 47

Sur la scène, le canapé, placé de telle façon que si les personnages étaient assis sur le canapé, ils seraient face à la scène, ils seraient face aux spectateurs, s'il y avait des spectateurs dans la salle, s'il y avait du public.

Sur la scène, le canapé, le même canapé qu'au début, si le texte avait un début, si c'était un texte.

Sur la scène, un canapé, placé tel que les personnages assis sur ce canapé sont face au public.

C'est le début.

Mais sur le canapé, il n'y a pas de personnages. Sur le canapé, personne n'est assis. Les coussins du canapé portent encore la marque de personnes qui se sont assises sur le canapé. On ne peut cependant savoir avec certitude quand les personnes, quand les personnages se sont assis sur le canapé. On ne peut même pas savoir vraiment s'il s'agit de personnes ou de personnages.

C'est le début.

Il n'y a toujours personne sur le canapé. Il n'y a toujours personne sur scène. Il n'y a toujours personne et aucun personnage. Il n'y a plus que le texte.

Le texte peut alors commencer à évoquer l'absence des personnages. Le texte peut remarquer que tout est prêt, tout sur scène est prêt pour accueillir les personnages, des personnages. 

Est-ce qu'il s'agit des personnages, de ces personnages qui sont déjà venus ? S'agit-il d'autres personnages ? Est-ce une entracte ou un début ?

C'est le silence. La scène est silencieuse. Cette scène, celle qui est définie maintenant par l'absence de personnages, par l'absence des personnages et la scène du théâtre, la scène de la salle de spectacles qui n'est plus définie maintenant par le silence. Maintenant signifie en ce moment. Maintenant ne signifie pas que la scène est devenue soudain silencieuse et qu'elle le sera à jamais. Il ne s'agit pas d'une fin. Au théâtre, après la fin du spectacle, la scène n'est pas silencieuse.

C'est le silence. C'est assez le silence pour que le canapé passe insensiblement, passe très doucement du statut d'élément de décor à celui de personnage. Le canapé, qui garde les formes de corps humains, qui garde marquées les formes de corps, de ces corps que l'on a accompagnés tous ces jours et toutes ces semaines, ce canapé est soudain l'unique souvenir, l'unique souvenir que l'on a de personnages que l'on a pourtant accompagnés tous ces jours et toutes ces semaines.

Et puis ce sont trois personnes, trois personnes qui ne sont pas encore des personnages, trois personnes dont on croit que ce sont des personnages, que ce seront des personnages, ce sont trois personnes qui entrent sur la scène, qui parviennent jusqu'à la scène et qui se placent devant le canapé. 

Et puis une des trois personnes, dont vous ne savez pas si c'est un homme ou une femme, dont je ne décide pas si c'est un homme ou une femme, une des trois personnes se place derrière le canapé. 

Et puis les deux autres prennent place, chacune, à chaque bout, à chaque extrémité du canapé.

Et puis, les deux personnes placées à chaque bout du canapé, guidées par la personne qui est derrière le canapé, se saisissent du canapé et l'emportent au delà de notre regard, dans ce qu'il faut bien appeler les coulisses et qui ne sera cependant ici que l'espace indéfini de la disparition du texte.