diégèse 2006

l'atelier du texte

Séquence 47
Séquence 48

Gustav : je m'appelle Gustav.

Mathieu : je m'appelle Mathieu.

Noëmie : je m'appelle Noëmie.

Gustav : nous n'allons pas jouer devant vous. Nous ne sommes pas là pour jouer. Nous ne connaissons plus aucun jeu. Nous ne connaissons aucun texte. Vous n'allez pas passer un bon moment. Vous n'allez pas passer non plus un sale quart d'heure. Nous ne sommes porteurs d'aucune émotion, nous ne sommes porteurs d'aucun souvenir, d'aucune image. Nous sommes comme la plupart des gens dans la rue. Vous pouvez considérer que nous sommes aussi éléments de décor.

Mathieu : vous pouvez aussi considérer que nous sommes des personnages et que ces personnages sont joués par des comédiens et que nous sommes comédiens. Il vous faudra ensuite vous déterminer sur plusieurs points. Est-ce que nous sommes des personnages intéressants ? Est-ce que nous sommes de bons comédiens ? Est-ce que la mise en scène est intéressants ? Et puis vous pourriez avoir trop chaud. Et puis vous pourriez tousser. Et puis vous pourriez considérer que cela dure trop longtemps. Mais si nous ne sommes ni des personnages, ni des comédiens... Qu'est-ce que vous faites là ?

Noëmie : Mathieu regarde une salle vide. Il n'y a personne dans la salle. Mais il s'agit peut-être d'une image, de l'image d'une salle, d'un décor. Il y aurait plus simple. Ce serait plus simple d'abattre des cartes, d'abattre ses cartes et de fixer le cadre de déploiement du texte, fiction, essai, roman, théâtre, cinéma, script, scénario. Mais il n'en est rien. Mais il n'en sera rien. Ce sera juste, ce sera juste comme avant, illisible.

Gustav : nous sommes comme la plupart des gens dans la rue. Ce qui nous différencie des gens dans la rue c'est que personne ne suppose que l'on dort parfois, personne ne suppose que l'on aime vraiment parfois et que l'on souffre vraiment parfois. Nous sommes des personnages à qui l'on n'accorde rien d'autre que l'espace exigu de leur rôle. On ne sait même plus, vous ne savez même plus si nous sommes mortels.

Mathieu : ce qui nous différencie des gens dans la rue, c'est que nous n'avons aucune mémoire et surtout que nous n'avons aucun souvenir. Il ne faut pas confondre la mémoire et le souvenir. On peut avoir de la mémoire et ne pas avoir de souvenir. On peut avoir des souvenirs et n'avoir aucune mémoire. J'ai peu de mémoire. Je n'ai pas de souvenirs. Le problème, c'est que l'on utilise le même verbe, le même verbe pour les souvenirs et pour la mémoire et le livre de Pérec Je me souviens est un livre de souvenirs et un livre de mémoire. On confond tout.

Gustav : cela pourrait être beaucoup plus simple. Nous ne sommes pourtant pas dans un songe.

Noëmie : jamais la mémoire ne rattache les songes à toutes les autres actions.

Mathieu : Descartes.

Gustav : alors nous sommes dans un songe. Alors nous sommes un songe.

Mathieu : non, nous ne sommes pas dans un songe. Il y a parfois dans les songes un peu de tendresse, un peu de tendresse rapide qui vient et qui va, qui se prend à rire. 

Gustav : la tendresse n'est pas rapide. La tendresse n'est jamais rapide.

Mathieu : je ne sais pas. 

Gustav : tu ne veux pas savoir.

Mathieu : il faut, pour connaître la tendresse et même pour l'espérer, connaître le désir, ou même l'espérer.

Gustav ; je voudrais retrouver le temps un peu salé d'un désir plus fort.

Mathieu : je voudrais cela.