déjà 1,2 km 2,6 km 3,1 km 3,8 km 4,5 km 6 km







































Marie-Laure court. Elle ne court pas vraiment de courses. Elle court des protocoles de courses. Cette fois, ce samedi 8 décembre 2007, Marie-Laure courait pendant 24 heures. Elle donne des rendez-vous, des rendez-vous mentaux à ses amis. Nous prenons donc rendez-vous ce samedi de 9h30 à 11h30. Nous convenons que je ferai le tour de Paris à bicyclette par les boulevards des Maréchaux. Le parcours commencera à la Porte de Bagnolet en partant vers le Nord. Je lui propose un protocole. Je prendrai des photos de chaque porte. Quand nous prenons rendez-vous, je suis à la Défense.

Ce jour-là, il ne fait pas beau. 

Il est 9h30. Je ne suis pas en retard. Je suis Porte de Bagnolet. Je sais que ça va monter. Je vais vers la Porte des Lilas. Il ne pleut pas. Ce n'est pas aussi difficile que je le pensais. je pense toujours que c'est plus difficile de monter que ce ne l'est en réalité. Il n'y a pas de montées difficiles le long des boulevards des Maréchaux. Ce n'est pas la première fois que je fais ce tour de Paris. Mais la première fois que je l'ai fait en entier, je suis passé par le Sud, à partir de la Porte de Bagnolet. Dans la mémoire, il y a les vraies portes de Paris et les moins vraies portes de Paris. Pourtant, la Porte du Pré Saint Gervais n'est pas moins vraie que la Porte des Lilas ou que la Porte de Pantin où je dois passer après la Porte du Pré Saint Gervais. Elle est pourtant moins vraie et je ne sais pas pourquoi. La Porte Chaumont est encore moins vraie que la Porte du Pré Saint Gervais mais je sais pourquoi. C'est parce qu'elle n'a pas de sortie pour elle, pour elle seule, sur le périphérique. Il n'y a pas, je crois, j'en suis persuadé, de sortie Porte Chaumont sur le périphérique, ni le périphérique intérieur, ni le périphérique extérieur. Elle est donc moins vraie. Les vraies portes, les vraies de vraies, ce sont celles qui portent le nom d'une autre ville. La Porte de Pantin est en cela une vraie porte. Mais le Pré Saint Gervais est aussi une ville. L'explication n'est donc pas entièrement satisfaisante. D'ailleurs, il n'y a pas de ville qui s'appelle La Villette et pourtant la Porte de la Villette est une vraie porte. Peut-être parce qu'il y a la Cité de la Villette et la grande halle de La Villette et qu'il y avait les abattoirs de La Villette. Je renonce à chercher pourquoi certaines portes sont de vraies portes et d'autres de moins vraies portes. Et pourtant, cela continue avec la Porte d'Aubervilliers, qui a une sortie sur le périphérique et porte le nom d'une ville, et c'est une ville que je connais. Pourtant, elle est moins vraie que la Porte de la Villette. Je ne sais pas pourquoi. Je ne sais plus si je dois renoncer à mener cette investigation-là. J'ai souvent confondu la Porte de la Chapelle et la Place de la Chapelle. J'ai désormais des amis qui habitent depuis plusieurs années Place de la Chapelle alors je ne confonds plus la Porte et la Place. Mais je n'aime pas beaucoup la Porte de la Chapelle, ni la Place de la Chapelle. Elle portent en elles le Nord. Elle me rappellent le Nord. Je ne suis pas certain d'aimer le Nord. Je ne me souvenais plus du tout de cette Porte des Poissonniers. Elle était si lointainement cachée dans ma mémoire que maintenant encore, je ne suis pas certain de l'avoir jamais identifiée. C'est une des Portes de Paris qui est le mieux cachée. Je connais bien la Porte de Clignancourt. J'y logeais parfois, de temps en temps, quand je n'habitais pas Paris et que je revenais à Paris. C'est aussi qu'il fallait que je me rappelle que les Puces de Saint-Ouen ne sont pas Porte de Saint-Ouen mais Porte de Clignancourt. Cet effort de mémoire a fait que j'ai l'impression de mieux connaître la Porte de Clignancourt que beaucoup d'autres portes de Paris. Celle-ci est oubliée parce que le nom qu'elle porte est trop connue et qu'elle ne peut prétendre, qu'elle ne pourra prétendre jamais à la notoriété du quartier de Paris dont elle porte le nom. C'est comme la rue Montmartre, d'ailleurs. Pour cette raison, la RATP a débaptisé la Station Montmartre qui se nomme désormais la station Grands Boulevards. Mais il n'est pas certain que ce soit très malin. Depuis, je ne sais jamais à quelle hauteur des Grands Boulevards se trouve la station homonyme et il faut que je me rappelle qu'elle s'appelait avant la station Montmartre. Mais je n'ai jamais très bien su non plus à quelle hauteur des Grands Boulevards débouchait la rue Montmartre. Je crois que ceux qui connaissent bien les Puces de Saint-Ouen peuvent y accéder par la Porte de Saint Ouen. Je n'en suis pas certain. N'ayant aucun goût pour les objets, ni neufs ni usagés, ni anciens, ni antique, ni modernes, le savoir ne me serait cependant d'aucune utilité. Marie-Laure se rappelait la Porte Pouchet. Moi aussi, je me la rappelais. Je ne pouvais pas la placer avec exactitude entre la Porte de Saint-Ouen et la Porte d'Asnières. Mais je savais à peu près quand je la rencontrerais. Mon étonnement vient surtout que ce n'est pas la première porte du 17ème arrondissement mais la deuxième. C'est sans doute pour cela que j'aurais pu la placer plus loin. J'aurais bien mis la Porte de Clichy dans le 18ème arrondissement et pas vraiment dans le 17ème arrondissement. Cela n'a pas d'importance. Ce sont seulement des préjugés mémoriels. Je suis content de rencontrer la Porte de Clichy car je sais à peu près à quelle distance elle est de la Porte Maillot. Je passe parfois là-bas pour aller travailler. Je pense donc que j'ai bien avancé et que je ne suis pas trop fatigué. Mais peut-être que Marie-Laure va plus vite en courant que moi à vélo. Je me demande comment ça fait de courir toute une nuit et de suivre ensuite, le matin, un vélo, mentalement, sur les boulevards des Maréchaux. Si les choses étaient mieux faites, et surtout si la mémoire était plus fidèle, la Porte d'Asnières serait avant la Porte de Clichy. Elle est après. J'espère que je ne l'oublierai plus. Pourtant je passe par là quand je vais travailler et je croyais connaître la distance entre la Porte d'Asnières et la Porte Maillot. En fait, je n'avance pas très vite et je suis peut-être plus fatigué que je ne le pensais. J'aime beaucoup la Porte de Champerret. C'est le bout de la ligne de métro qui passe par chez moi, presque le bout de la ligne qui va ensuite jusqu'à Levallois mais on voit bien que longtemps, elle s'est arrêtée Porte de Champerret. Je sais pourquoi je l'aime bien. C'est la première Porte de l'Ouest quand on vient du Nord. C'est une porte frontière entre le Nord et l'Ouest. C'est aussi que je me rappelle avoir bu un café avec un ami que j'aime beaucoup Porte de Champerret et que je ne vois plus cet ami. Un jour, je lui donnerai rendez-vous dans ce même café Porte de Champerret. Mais il faut que je me rappelle son nom; le nom du café... aussi. Cette porte, celle-là, la Porte de Courcelles, je suis certain de ne jamais en avoir entendu parler, de n'avoir jamais rien lu, aucun texte dans lequel elle soit citée. Je crois me rappeler que la rue de Courcelles est une rue du Monopoly. Même cela, je n'en suis pas certain. La Porte de Villiers, c'est comme la Porte de Courcelles. elle n'a d'existence que par la rue de Villiers, qui est aussi un marché et que je connais bien pour y avoir souvent dîné. Je devrais vérifier que la rue de Villiers aboutit Porte de Villiers. Je ne vérifie pas car cela m'est égal. Je le ferai un autre jour. Quand j'étais petit, très petit, nous rendions visite, ma grand-mère et moi, à Madame Maillot, qui habitait dans la rue de ma grand-mère, à deux maisons. Un jour, nous n'avons plus rendu visite à Madame Maillot, qui était très vieille, beaucoup plus vieille que ma grand-mère. Je pense aujourd'hui pour la première fois que nous n'avons plus rendu visite à Madame Maillot, ma grand-mère et moi, parce que Madame Maillot était morte et que ma grand-mère ne voulait pas me le dire pour ne pas m'attrister ou pour ne pas devoir donner des explications embarrassantes au petit garçon que j'étais. Je fais le tour entier de la place Dauphine pour trouver une inscription indiquant que l'on est Porte Dauphine et je n'en trouve aucune. Comme je sais que nous sommes Porte Dauphine, comme je le sais parfaitement bien, je décide de m'autoriser à déroger et je prends cet unique exemplaire de bouche de métro en nacelle dessiné par Guimard. Je regarde l'heure et je vois que je n'arriverai sans doute pas à la prochaine porte avant 11h30, heure à laquelle mon rendez-vous avec Marie-Laure se terminera. Je suis allé doucement et je me suis arrêté pour prendre des photographies et j'ai aussi fait le tour de la Place Dauphine. Je n'ai toujours pas pris de café et je n'ai rien mangé. Après 11h30, je prendrai un café et je mangerai quelque chose. Mais j'avais oublié la Porte de Passy et je suis Porte de Passy et il n'est toujours pas 11h30. Si j'en crois les indications, je m'arrêterai Porte d'Auteuil. Mais les panneaux indicateurs n'indiquent que les vraies portes et n'indiquent pas les portes que l'on oublie. C'est peut-être le contraire. Porte d'Auteuil, il y a une horloge qui indique que mon rendez-vous avec Marie-Laure est terminé. Je vais prendre un café et je vais manger. Je mangerai un Chiche Kebab, sans bien savoir s'il s'agit de la meilleure nourriture après deux heures de vélo, alors que je suis à jeun. Je demande que l'on ajoute de la mayonnaise. Je décide de continuer seul le tour de Paris, sans me soucier de l'heure. Il commence à pleuvoir. Pour m'aider, j'ai la Porte Molitor, que je connais bien. Des amis tenaient le tabac de la piscine Molitor et j'y ai même parfois vendu des cigarettes. J'opte pour la Porte de Saint-Cloud. Je ne verrai pas la Porte de Sèvres. Si je refais un jour le tour de Paris par le Sud, je passerai par la Porte de Sèvres et je ne verrai pas la Porte de Saint-Cloud. Je suis Porte de Saint-Cloud. C'est une vraie porte, que je connais depuis l'enfance. Un cousin habite depuis l'enfance Porte de Saint-Cloud. Je ne l'ai pas vu depuis longtemps. Nous ne voyons que pour les deuils et les enterrements. Les possibilités se raréfient. Malgré les indications de la Porte Molitor, je ne manque pas la Porte de Sèvres. Une autre fois, je prendrai donc le pont de Sèvres pour aller à la manufacture voir les céramiques. Le protocole d'aujourd'hui ne me l'autorise pas. La pluie ne me l'autorise pas. Je continue tout droit. Porte de Versailles, il y a le salon du cheval. tous les parkings du Parc des expositions affichent complet, sauf pour les abonnés. Je ne pense qu'à la côte après la Porte de Versailles. Il pleut. Mais le rythme lent que j'ai adopté rend la côte indolore. J'ai cependant manqué une porte. Je l'avais pourtant vue sur le plan du 16ème arrondissement. Il s'agit de la Porte du Point du jour. Il doit être trop tard. Je ne rebrousse pas chemin. J'aurais juré que la Porte de la Plaine était dans le Nord de Paris. j'associais cette plaine à la Plaine Saint-Denis. Il s'agit à l'évidence d'une autre plaine. Il semble pourtant qu'il s'agisse plutôt d'un plateau. La Porte Brancion est une vraie porte. Pourtant elle ne me dit rien. Elle est vaguement associée au sport, à un stade, à un voyage en moto vers Bièvres il y a presque trente ans. Le périphérique extérieur est fluide mais je ne m'en soucie pas. J'associe toujours la Porte de Vanves aux éditeurs. Je crois que les bureaux de Hachette Livres sont à Vanves et pour aller à Vanves, c'est logique de passer par la Porte de Vanves. Il pleut plus fort. Je n'y peux rien : Châtillon, Porte ou non, est associée à Châtillon-Coligny. Cela n'a rien à voir. Mais cela restera comme ça. J'y ai des souvenirs. j'ai des souvenirs à Châtillon-Coligny alors que je n'ai aucun souvenir Porte de Châtillon.  La Porte d'Orléans et la Porte d'Italie sont les portes les plus portes de Paris puisque ce sont les portes par lesquelles on rejoint l'autoroute du Sud, qui, un temps, dans les films des années 70 et dans la vie des années 70, était l'autoroute des vacances. Depuis, c'est juste l'autoroute du Sud puisque l'on va dans le Sud pour autre chose que les vacances. Et puis, c'était avant le T.G.V., qui est le train des vacances avant de devenir un autre train encore en devenir. Arcueil, c'est la ville des examens. Je ne sais pas pourquoi d'autre on pourrait aller à Arcueil pour autre chose que pour passer des examens. Je crois me souvenir qu'il y a autre chose à voir à Arcueil mais j'ai oublié. J'ai un peu oublié. C'est la même chose avec Gentilly. On ne va à Gentilly que pour aller à Arcueil passer des examens. Il y a sans doute autre chose à Arcueil. Cette fois-ci, je ne m'en souviens vraiment pas. J'ai déjà dit que la Porte d'Italie était une vraie porte de Paris puisque l'on y rejoint l'autoroute du Sud. Je n'ai rejoint l'autoroute du Sud par la Porte d'Italie que lorsque j'ai conduit moi même une voiture. Avec mes parents, nous rejoignions toujours l'autoroute du Sud par la Porte d'Orléans. C'était plus court. Ainsi, rejoindre l'autoroute du Sud par la Porte d'Italie a été une marque d'émancipation renouvelée, une marque qui demeure alors que tout enjeu d'émancipation est évanoui. A Choisy, je sais, il y a un théâtre. Je crois que c'est la seule chose que je connaisse de Choisy, le théâtre, où je ne suis pourtant jamais allé. Je connais aussi la rue de Choisy. C'est tout. Le périphérique intérieur est soudain bouché puisqu'il faut désormais 25 minutes pour rejoindre la Porte d'Auteuil. C'est parce que la Porte d'Italie et la Porte d'Orléans sont passées et que les voitures qui arrivent de la Porte de Bercy et de l'autoroute de l'Est viennent s'agglutiner aux voitures qui viennent du Sud pour faire les courses de Noël à Paris. Je ne serai pas Porte de Bercy dans deux minutes. Je dois m'arrêter prendre un autre café. Je m'arrête Porte de Vitry, près du pont, dans un café tabac et j'oublie de prendre une photo du panneau indiquant la Porte de Vitry. Cependant Il pleut toujours davantage. Je suis Porte de Bercy. Je passe de nouveau la Seine. J'approche du but. J'ai des crampes dans les mollets. je décide de les oublier. Il y a plusieurs mois que je n'ai pas fait de vélo. Je pense à autre chose. Je pense à la pluie. Je décide de prendre un bain quand je serai arrivé. La Porte de Charenton, je la connais bien. On peut aussi prendre la Porte de Charenton pour aller dans le bois de Vincennes et je prenais souvent cette porte pour aller dans le bois de Vincennes. Je ne vais plus beaucoup dans le bois de Vincennes. Si j'allais dans le bois de Vincennes aujourd'hui, je passerais par la Porte de Montreuil, peut-être même directement par la Porte de Bagnolet. La Porte de Charenton a ainsi perdu l'un de ses caractéristiques. Je savais qu'il y a la Pelouse de Reuilly. Je ne me rappelais pas qu'il y eût une Porte de Reuilly. Je pense qu'elle ne sert qu'à marquer la Pelouse de Reuilly. La Pelouse de Reuilly n'est pas dans le prolongement de la rue de Reuilly. Je ne crois pas. Je vérifierai une autre fois. Porte Dorée : la vraie porte du bois de Vincennes. Il y a aussi cette piscine qui est découverte l'été, dans laquelle, un hiver, j'ai pour la première fois ressenti cette impression bizarre que je pourrais me souvenir de souvenirs que je n'avais jamais eus. La Porte de Saint-Mandé ne sert que pour aller à Saint-Mandé. elle permet aussi d'aller dans le bois de Vincennes. Mais cela n'a plus grand intérêt. Porte de Vincennes. Après la Porte de Vincennes, c'est la Porte de Montreuil et après c'est la dernière porte. Je serai arrivé Porte de Bagnolet. Oui, c'est bien ça. C'est la Porte de Montreuil. Et maintenant, de nouveau, presque 5 heures plus tard, la Porte de Bagnolet. Il y a encore plus d'1 kilomètre avant d'arriver chez moi. Il pleut. Peu avant la maison, le frein avant du vélo, le seul qui marche vraiment, va lâcher. C'est la fin de ce tour de Paris.
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