Diégèse  samedi 6 février 2010 Le texte en continu

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Roland Barthes - Collège de France - séance du 16 décembre 1978
"Ma vie passée est dans la brume, c'est à dire dans la faiblesse d'intensité,
sans laquelle il n'y a pas d'écriture."


Ce que je retiens... (des années précédentes)...et ce que j'ai lu, vu ou entendu... et ce que ça fait......puis ce que j'écris.
Je retiens que ce ne sont pas les souvenirs qui sont le socle, ni même le ferment de l'écriture, et que bien davantage, les souvenirs font obstacle à l'écriture, et ils font, entre le passé et le présent, des amalgames incongrus, des reconstitutions qui sont des anachronismes. Si je considère que ce qui s'est passé, la scène, s'est passé entre quelqu'un qui n'était pas moi, ce moi que je suis aujourd'hui et quelqu'un qui n'était pas toi, que tu es peut-être aujourd'hui, dans l'inaccessibilité d'une vie clandestine à cette histoire, comme dans l'inaccessibilité d'une mort dont je ne suis pas informé, alors, cette scène entre deux inconnus penche vers l'image, le réservoir de toutes les images hostiles à l'écriture, hostiles à ce travail. Je retiens l'ambigüité de la phrase de Barthes, dont le contexte, cependant, laisse entrevoir que ce n'est pas "la faiblesse d'intensité" qui est nécessaire à l'écriture mais bien l'intensité elle-même, l'intensité du présent. Et pourtant, je garde moi l'ambigüité, je la conserve, je la prends, entièrement, au profit de la méthode, de cette méthode pour écrire, pour pouvoir écrire. Car c'est aussi parce que ma vie passée est dans la brume que je dois écrire et que je peux écrire et c'est cette brume même qui produit l'intensité entre les sens, d'une part, qui aujourd'hui encore rappellent intensément le grain d'une peau et, d'autre part, la mémoire scénarisée, ce que Barthes nomme "le fantasme" qui cavalcade de micro scènes en micro scènes sans que cette cavalcade répétitive et saccadée puisse, du fantasme même, passer au scénario filé, à la scène, à l'image, à l'imagination. Je ne me souviens pas de toi. J'avoue que je ne me souviens pas de toi. Je peux donner ton nom et c'est un nom sur une tombe. Je peux donner des circonstances, des faits encore imprécis, je peux rapporter, je peux situer des dates des années et des saisons mais je ne me souviens pas de toi. Je ne pourrais pas décrire ton visage. Je l'ai remplacé par une image. Je ne pourrais pas décrire ton corps, il a été recouvert par d'autres corps. Et je n'ai rien su de ton désir.
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Je ne sais pas vraiment ce que sont les souvenirs.
Dans le jeu vidéo des souvenirs, le temps n'existe pas vraiment, c'est une donnée virtuelle qui s'interrompt, qui s'accélère, et puis qui revient par soubresauts en arrière, qui se rejoue et qui se déjoue.
... ce que je croyais voir par l'oeil, c'est par la seule faculté de juger, qui est en mon esprit, que je le comprends.
Tu ne me manques pas, comme ce temps de vent et de pluie ne change rien à rien. Je ne te parlerai pas de ces moments balnéaires, qui se tiennent à côté de moi, qui promettent des petits déjeuners dans ce café au coin de la Croisette, qui permet encore de voir le soleil, quand les soirs l'autorisent.