Diégèse  mercredi 10 février 2010 Le texte en continu

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Roland Barthes - Collège de France - séance du 16 décembre 1978
"Quand j'écris par fragments, et quand je décide de soutenir une écriture par fragments,
je m'assume comme sujet fragmenté, et par conséquent, comme on l'a dit, on l'a écrit,
j'assume, disons, un certain rapport à la castration."


Ce que je retiens... (des années précédentes) ...et ce que j'ai lu, vu ou entendu... et ce que ça fait... ...puis ce que j'écris.
Je retiens qu'il y a ce vide, qu'il y a constamment, qu'il y a, avec constance, ce vide, qui est le vide de la mémoire et qui est le vide du corps, qui est cette incapacité de la mémoire à rendre compte du corps, du corps de l'autre, de ce corps. Je pourrais me souvenir d'une image. Je pourrais te mêler à une image, mais ce serait renoncer à me souvenir. Je retiens de Barthes, la difficulté du désir qui le conduit à la difficulté d'allier dans une même phrase "sujet", "castration", "fragment". Car si l'on écoute bien la phrase de Barthes qui est citée ici, il n'est pas simple ni évident de déterminer qui a dit, ni qui a écrit qu'écrire par fragments, c'était assumer un certain rapport à la castration. Ce "on", c'est tout aussi bien Barthes, et le "je" de la phrase, c'est tout aussi bien son auditoire, c'est donc "moi". Cette seule phrase condense les jeux subtils des pronoms qui brouillent l'identité du locuteur, l'identité du narrateur, celle du destinataire comme celle du destinateur. C'est en cela que Barthes, tout en faisant cours, écrit bien un roman.
Et je ne sais pas si j'assume quant à moi, toujours, ni même quelquefois, "un certain rapport à la castration", car "est-ce que je ne me connais pas moi-même, non seulement avec beaucoup plus de vérité, beaucoup plus de certitude, mais encore avec beaucoup plus de distinction et d'évidence" que je ne connais les personnages, que je ne connais le sujet du texte, ce sujet qui lutte avec le sujet fragmenté qui tente d'écrire, que je ne connais ton désir.
Et pardon à Descartes pour cet emprunt de circonstance, à contre sens.
Et puis tout bascule dans le paysage, dans ce grand basculement de la mémoire, dans ce grand basculement du désir de mémoire, du désir du souvenir. Je sais où nous allions. Je sais notre point de départ. Je connais le scénario du voyage. Je pourrais "raconter les événements". Mais il y a cet instant, et tout achoppe à cet instant, le scénario, la scène, le souvenir et la mémoire, le paysage et la description du paysage, et toi, et la douceur.
2009 2008 2007 2006 2005 2004 2003 2002 2001 2000
Je ne sais pas si je vais pouvoir parler de cet amour. Il s'agit bien d'une remémoration impossible.


Est-ce que je ne me connais pas moi-même non seulement avec beaucoup plus de vérité, beaucoup plus de certitude, mais encore avec beaucoup plus de distinction et d'évidence ?

... je me demande comment on peut vivre le grand bonheur tout de suite, là, à en mourir ensuite. ... mon corps ne disait rien, ne se rappelait rien et ne comprenait rien.