Diégèse  vendredi 15 janvier 2010 Le texte en continu

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Roland Barthes - Collège de France - séance du 2 décembre 1978
"La nouvelle écriture comme pratique se détache de la gestion du mouvement passé."


Ce que je retiens... (des années précédentes) ...et ce que j'ai lu, vu ou entendu... et ce que ça fait... ...puis ce que j'écris.
Je retiens qu'il est difficile de maintenir liés le monde, le monde comme il va, le monde comme il tourne, avec l'amour, le sentiment amoureux, le souvenir amoureux et sans doute aussi la pratique amoureuse. Je retiens que le média le plus adapté à cet exercice, à cette ambition, à ce défi - comme on dirait justement dans la société de consommation, dans la société d'information -, ce média, c'est le voyage, et que dans le voyage, je parviens parfois, et je pourrais même dire parfois encore, je parviens à maintenir ensemble le monde et l'amour. S'agissant d'écrire un texte sur l'amour, qui ne serait pas une "histoire" d'amour ni même le récit d'un amour et encore moins le récit d'une histoire d'amour, je retiens, presque malgré moi, ce message publicitaire, cet insert publicitaire placardé sur l'internet, à côté de tout, à côté de n'importe quel texte, en vertu d'algorithmes linguistiques facétieux :
Retomber amoureux ? Avec *, trouvez près de chez vous des célibataires qui vous ressemblent vraiment.
Le slogan publicitaire est parfait car chacun de ces termes spécifie la mise en consommation du sentiment amoureux. "re-tomber" marque la récurrence dans la pratique du tomber amoureux. "Près de chez vous" indique une sorte de service de proximité comme la Poste ou la Police. "Célibataire" renvoie au droit - de la consommation sexuelle - et écarte donc la perversion. La chute : "qui vous ressemblent vraiment", à elle seule définit ce qu'est l'amour dans la société de consommation, qui est la consommation du même.
Comment me souvenir de toi ?

La question serait plutôt de savoir comment je me souviens de toi, c'est à dire par quelle pratique, par quel mouvement d'esprit, par quelle discipline. Je me souviens de toi toujours de la même manière, je me souviens de toi dans l'instant, dans l'instant même. Il ne peut y avoir de souvenir de toi que subreptice, soudain, furtif et presque illicite comme contraire aux lois mêmes du souvenir. Là-bas, le mouvement de l'arbre, c'est toi. Là bas encore, ce reflet, c'est toi. Et puis le son de cet oiseau stupide. Ce souvenir de toi, ce serait l'amour, un paganisme mémoriel.
2009 2008 2007 2006 2005 2004 2003 2002 2001 2000
C'est à ce moment-là, dans un seul instant, à cet endroit précis que j'ai laissé la vie d'avant à la mémoire des pierres.
Les informations informent de l'absence de conversation, de l'absence de désir. Comment ne pas être frappé, chaque fois, par la morale cynique et violente portée chaque jour par la publicité, qui mêle à satiété les ambiguïtés entre les verbes être et avoir ? Ce qui se présentait d'abord, c'est bien que j'avais un visage, des mains, des bras, et toute cette machine d'organes telle qu'on l'observe aussi dans un cadavre, que je désignais du nom de corps. (Descartes)