Diégèse  lundi 18 janvier 2010 Le texte en continu

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2010




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L'atelier du texte demain

Roland Barthes - Collège de France - séance du 9 décembre 1978
"Pourquoi cette histoire-là parmi d'autres ?
J'ai aussi cette réaction souvent devant des films.
Pourquoi cette histoire plutôt qu'une autre ?"


Ce que je retiens... (des années précédentes) ...et ce que j'ai lu, vu ou entendu... et ce que ça fait... ...puis ce que j'écris.
Je retiens qu'il faut donner la prééminence à la pensée et au mouvement de la pensée sur le stock, sur la garantie, sur le capital de mémoire car c'est la pensée et c'est le mouvement de la pensée qui rendent vivant, qui font la vie alors que c'est le stock, le capital de la mémoire qui rend soudain idiot. Alors il faut laisser faire la pensée, la laisser se laisser imprimer par le vent, par le vent de l'Italie, l'hiver. Et le texte viendra ensuite, et le texte viendra peut-être. Je m'applique. Je m'applique patiemment et obstinément à ne rien savoir, à ne rien regarder, à ne rien entendre des conséquences du tremblement de terre à Haïti. Ce n'est pas par froideur ni par indifférence. Je peux les imaginer, les conséquences du tremblement de terre. Je peux très bien les imaginer. Je n'ai pas besoin pour cela de devoir supporter les mines compassées des journalistes, les appels à la solidarité des animateurs de jeux télévisés, les surenchères des envoyés spéciaux dans la recherche de l'émotion du téléspectateur. Je m'applique patiemment à éviter tout cela. Ensuite, je vais y réfléchir.






Je retrouve sans mal, sans grand mal, la place que je t'ai donnée dans le théâtre de ma mémoire, dans le théâtre de mes souvenirs. C'est une place contiguë au fantasme. C'est une place propice au vagabondage. Je te retrouve là chaque fois que j'y viens. Tu ne me reçois pas toujours, dans les occupations de tes jours, dans les occupations de tes nuits. Je reviens alors tenter ma chance jusqu'à ce que tu me reçoives. Parfois, j'ai la chance de me souvenir de ta façon de marcher et même aussi je me souviens du grain de ta peau. Je crois me souvenir. Je crois.

2009 2008 2007 2006 2005 2004 2003 2002 2001 2000
Car la mémoire est anecdotique et le souvenir est vivant.
Il faut écrire des textes qui refusent en bloc les avancées et les avancements et laisser la pensée, laisser faire la pensée, la laisser se laisser imprimer par le vent.
Bien sûr, autant de temps que je pense ; car peut-être même pourrait-il se faire, si je n'avais plus aucune pensée, que, sur le champ, tout entier je cesserais d'être.
Alors, je ne sais plus que dire, les mots se tendent au bord de la marche, des horaires, des guides touristiques qui ne disent jamais rien, d'une rancune tenace, de ta mort.