Diégèse  mercredi 20 janvier 2010 Le texte en continu

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L'atelier du texte demain

Roland Barthes - Collège de France - séance du 9 décembre 1978
"Peut-être que "vouloir-écrire", ça veut toujours dire vouloir-écrire quelque chose,
donc que vouloir-écrire a toujours un objet, fantasmatique,
et par conséquent, il y aurait à ce moment-là des fantasmes d'écriture."


Ce que je retiens... (des années précédentes) ...et ce que j'ai lu, vu ou entendu... et ce que ça fait... ...puis ce que j'écris.
Je retiens l'épuisement de ce début d'année, de ces débuts d'années, cet épuisement qui est aussi l'épuisement du texte et, de fait, l'épuisement craint, l'épuisement redouté, non pas du texte mais du fantasme d'écriture, suivant en cela Barthes. Alors, pour revivifier ce fantasme de "vouloir-écrire-quelque-chose", il y aurait un voyage, un voyage en Italie du nord, il y aurait le souvenir de ton visage, patiemment reconstitué. Je lis que "les obèses paieront désormais plus cher sur Air France". et "qu'en payant deux places, la personne obèse sera assurée d'avoir deux sièges côte à côte". La mesure avait été préparée, il y a quelques semaines, par une polémique sans doute montée de toute pièce à l'aide d'un film supposé pris à bord d'un avion par un agent de la compagnie à l'aide de son téléphone mobile. Je lis enfin que "la personne obèse sera remboursée si l'avion n'est pas complet."
Le problème est que je ne sais pas, quant à moi, ce qu'est une personne obèse et si je ne le sais pas, je peux penser, je peux tout aussi bien penser que le personnel d'Air France ne le sait pas non plus.  Il faudrait s'assurer que la personne présumée obèse ne peut pas entrer dans un siège de 43 cm de large pour un moyen courrier et de 44 cm de large pour un long courrier. Est-ce que les agences d'Air France vont être équipées d'un gabarit spécial ? Et si le billet est pris sur l'internet, comment s'assurer que ce gabarit est respecté.
Les questions posées sont pour moi insolubles. Fantasmatiquement, la mesure porte la marque d'un eugénisme des transports aériens qui ferait que les avions ne seraient remplis que de "Barbies" et de "Ken", localisés selon les destinations. J'exagère mais c'est bien le propre du fantasme que d'exagérer, que d'exagérer toujours, puisqu'il dévoile et révèle tout autant qu'il dissimule.
Le temps qui passe n'est pas une entreprise de mémoire mais un parcours d'oubli. Je vis pour t'oublier et je n'ai jamais vécu que pour t'oublier davantage. En cela, écrire le récit de cet amour est un projet insensé qui se heurte à la nature même de la vie. Je ne peux pas faire appel à ma mémoire. Elle ne me donne rien, ou si peu : l'arrête d'un visage, même pas un sourire. Je ne peux donc faire appel qu'aux mots et laisser venir les mots, sans me soucier de ce qu'ils pourraient dire et vouloir dire. En écrivant, en tentant d'écrire un amour qui n'existe que pour moi, j'écris un amour qui n'a jamais existé. Il a existé pour moi, peut-être, mais qui étais-je alors ? Qui étais-je dont je puisse me souvenir ?

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Pourquoi l'Italie ? Sans doute parce que nulle part ailleurs le fantasme de l'intrigue et donc le fantasme du récit n'est porté aussi loin. Assurer la narration d'un récit qui ne vient pas, d'un récit qui n'existe pas.
Tout ton visage me dit que tu as beaucoup joué, et que tu aimes ça aussi, jouer.



J'ai continué à faire semblant de ne pas te voir. Je suis au bord de l'épuisement.