Diégèse  jeudi 17 mars 2011



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2011




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Il y a des gens dont tout le mérite consiste à dire et à faire des sottises utilement, et qui gâteraient tout s'ils changeaient de conduite.
François de La Rochefoucauld - Maximes -
Ce qui s'écrit
Daniel
Un auteur ne devrait jamais étudier le langage. Il n'y a rien de pire pour qui veut écrire que d'étudier la linguistique. L'auteur linguiste est comme le médecin hypocondriaque. Les mots échappent à l'un, dans l'infinité de leur combinaison, comme les symptômes échappent à l'autre par leur variété clinique et leur incertitude première.




Ce film est une pépite sémiologique. Il semble avoir été conçu pour expliquer de façon amusante et efficace ce qu'est le signifié, le signifiant, le dénoté, le connoté, l'euphémisme et même une expression idiomatique. Il montre aussi que la traduction est toujours une trahison.
Car que vient faire ici ce "horse's behind", "cet arrière de cheval " ?  Que l'on ne s'y trompe pas, il s'agit bien "du cul du cheval". C'est un euphémisme mais aussi une expression idiomatique attestée en anglais au moins depuis Shakespeare. "To make a horse's behind of someone", c'est "se payer la tête de quelqu'un" ou le "prendre pour un idiot". Voici pour le signifié.
Pour faire rire et retenir l'attention, le film fait semblant d'ignorer le signifié pour ne montrer que le signifiant qui est bien "un cul de cheval". Heureusement, le cheval ayant une longue queue, celle-ci cache ce que l'expression cache aussi. Mais en cela, le film ignore - ou fait semblant d'ignorer - le connoté qui, s'agissant d'un cheval concerne précisément la longueur de sa queue. Le spectateur est en alerte dès la première scène : la petite fille sur son vélo pourrait se faire assommer. Rassuré car il n'en est rien, il demeure un peu embarrassé. Puis, dans la chambre parentale, la mère, qui a sans doute la migraine, montre son dos au cul du cheval, ce qui est aussi une forme d'euphémisme allusif. Le connoté fonctionne toujours et quoi que l'auteur en veuille.
Et la traduction ? Littéralement, en français, "faire de quelqu'un l'arrière d'un cheval" est incompréhensible. Puisqu'il s'agit d'un appareil photo et qu'en français, on prend une photo, la traduction adéquate pourrait donc bien être "prendre quelqu'un pour un con". Mais on n'imagine pas le fabricant de l'appareil photo produire alors la version française sur le même mode que celui de la version anglaise, car le signifiant de con... serait difficilement montrable.
Et c'est pourquoi la traduction est toujours une trahison. "Traduttore, traditore", disent les Italiens, et cela, c'est une paronomase.

En fait, le père a vraiment une tête d'arrière de cheval, non ?
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Ce serait encore un film et ce ne serait pas encore un texte. Ce sont n'importe quelles ruines.
Ce serait poser la question du sommeil à un somnambule.
Ensuite, quoique ces idées ne dépendent pas de ma volonté, il n'est pas pour autant établi qu'elles procèdent nécessairement de choses situées hors de moi.












2010