Diégèse  vendredi 22 août 2014


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La Fortune des Rougon2

Dans ces dispositions d'esprit, il accueillit le coup d'État avec la joie chaude et bruyante d'un chien qui flaire la curée. Les quelques libéraux honorables de la ville n'ayant pu s'entendre et se tenant à l'écart, il se trouva naturellement un des agents les plus en vue de l'insurrection. Les ouvriers, malgré l'opinion déplorable qu'ils avaient fini par avoir de ce paresseux, devaient le prendre à l'occasion comme un drapeau de ralliement. Mais les premiers jours, la ville restant paisible, Macquart crut ses plans déjoués. Ce fut seulement à la nouvelle du soulèvement des campagnes qu'il se remit à espérer. Pour rien au monde, il n'aurait quitté Plassans ; aussi inventa-t-il un prétexte pour ne pas suivre les ouvriers qui allèrent, le dimanche matin, rejoindre la bande insurrectionnelle de la Palud et de Saint-Martin-de-Vaulx. Le soir du même jour, il était avec quelques fidèles dans un estaminet borgne du vieux quartier, lorsqu'un camarade accourut les prévenir que les insurgés se trouvaient à quelques kilomètres de Plassans. Cette nouvelle venait d'être apportée par une estafette qui avait réussi à pénétrer dans la ville, et qui était chargée d'en faire ouvrir les portes à la colonne, Il y eut une explosion de triomphe.
Macquart surtout parut délirer d'enthousiasme. L'arrivée imprévue des insurgés lui sembla une attention délicate de la Providence à son égard. Et ses mains tremblaient à la pensée qu'il tiendrait bientôt les Rougon à la gorge.
La Fortune des Rougon
Émile Zola
1870
Macquart n'avait aucun respect véritable pour les insurgés. Il voyait en eux une bande de gueux qu'il conviendrait de remettre au travail dès que son pouvoir sur la ville serait assuré. Ici encore, la chose est plus courante qu'on le croit habituellement et parmi ceux qui sollicitent les suffrages du peuple, ils sont nombreux ceux qui, en vérité, le méprisent sinon le haïssent. C'est ce qui explique, d'ailleurs, en grande partie, que les promesses s'envolent une fois le pouvoir gagné. C'est ce qui explique aussi que le pouvoir n'est jamais vraiment partagé. Méprisant le peuple, les dirigeants, fussent-ils dans leurs discours les Républicains les plus farouches,  ne sauraient lui confier une parcelle de ce précieux pouvoir . On a vu ainsi des conversions rapides d'ouvriers qui, portés vers  la Chambre, sont rapidement devenus des bourgeois pontifiants. Si un jour n régime se réclame du peuple et par le peuple, nul doute qu'en une ou deux générations, il ne produise une oligarchie nouvelle, sans doute pire que celle qu'il aura renversée.
Les historiens expliqueront certainement les événements politiques  de ce mois de décembre 1851, autrement que par la haine indéfectible qu'un bâtard nourrissait pour le fils légitime de sa mère.  Mais  la grande histoire abrite de multiples  histoires qui, pour infimes qu'elles soient, nourrissent le flot de ce qui restera dans les livres. La haine de Macquart nourrissait l'insurrection de Plassans.
Zola augmenté
Daniel Diégèse
2014

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