Diégèse  jeudi 4 décembre 2014


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La Fortune des Rougon2

Les gardes nationaux restés aux remparts avaient, eux aussi, entendu les coups de feu. Ils accoururent à la débandade, par groupes de cinq ou six, croyant que les insurgés étaient entrés au moyen de quelque souterrain, et troublant le silence des rues du tapage de leurs courses ahuries. Roudier arriva un des premiers. Mais Rougon les renvoya à leurs postes, en leur disant sévèrement qu'on n'abandonnait pas ainsi les portes d'une ville. Consternés de ce reproche – car, dans leur panique, ils avaient, en effet, laissé les portes sans un défenseur – ils reprirent leur galop, ils repassèrent dans les rues avec un fracas plus épouvantable encore. Pendant une heure, Plassans put croire qu'une armée affolée le traversait en tous sens. La fusillade, le tocsin, les marches et les contremarches des gardes nationaux, leurs armes qu'ils traînaient comme des gourdins, leurs appels effarés dans l'ombre, faisaient un vacarme assourdissant de ville prise d'assaut et livrée au pillage. Ce fut le coup de grâce pour les malheureux habitants, qui crurent tous à l'arrivée des insurgés ; ils avaient bien dit que ce serait leur nuit suprême, que Plassans, avant le jour, s'abîmerait sous terre ou s'évaporerait en fumée ; et, dans leur lit, ils attendaient la catastrophe, fous de terreur, s'imaginant par instants que leur maison remuait déjà.
La Fortune des Rougon
Émile Zola
1870
Ce que les habitants de Plassans ne savaient pas, c'est que les grandes catastrophes peuvent être plus silencieuses et que le bruit que faisait cette troupe déglinguée sur le pavé de leur ville était aussi gros que l'artifice que Rougon et Macquart avaient ensemble imaginé pour se donner un sort plus favorable que celui que l'honnêteté et le travail eussent pu leur réserver. Des villes entières ont été prises par les laves d'un volcan, croulant sous des météores embrasées sans que le bruit du massacre fût beaucoup plus important que les quelques dizaines de gardes nationaux mal entraînés de Plassans n'en faisaient dans les rues de la ville endormi. Car, cette ville ne connaissait pas le bruit. Les paysans qui venaient vendre leurs produits sur le marché osaient à peine lancer leur harangue, tellement les bourgeois qui circulaient devant leurs étals déambulaient silencieusement, comme marchant sur du coton. La révolution même n'avait pas produit autant de sarabande et les fêtes de la Saint-Jean se déroulaient tôt et sans grand bruit. Si un chenapan venait à crier la nuit après quelque virée, les murs aux fenêtres closes semblaient vouloir se refermer sur lui avec tant de presse qu'il cessait dans l'instant son tintamarre. Ainsi, ces cavalcades prenaient un tour parfaitement effrayant.
Zola augmenté
Daniel Diégèse
2014

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