Diégèse  jeudi 10 juillet 2014


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La Fortune des Rougon2

Ce qui l'inquiétait toujours, c'était le sort de son cher Aristide. Depuis qu'elle partageait la foi de son fils aîné, les articles rageurs de l'Indépendant l'épouvantaient davantage encore. Elle désirait vivement convertir le malheureux républicain aux idées napoléoniennes ; mais elle ne savait comment le faire d'une façon prudente. Elle se rappelait avec quelle insistance Eugène leur avait dit de se défier d'Aristide. Elle soumit le cas à M. de Carnavant, qui fut absolument du même avis.
« Ma petite, lui dit-il, en politique il faut savoir être égoïste. Si vous convertissiez votre fils et que
l'Indépendant se mît à défendre le bonapartisme, ce serait porter un rude coup au parti. L'Indépendant est jugé ; son titre seul suffit pour mettre en fureur les bourgeois de Plassans. Laissez le cher Aristide patauger, cela forme les jeunes gens. Il me paraît taillé de façon à ne pas jouer longtemps le rôle de martyr. » Dans sa rage d'indiquer aux siens la bonne voie, maintenant qu'elle croyait posséder la vérité, Félicité alla jusqu'à vouloir endoctriner son fils Pascal. Le médecin, avec l'égoïsme du savant enfoncé dans ses recherches, s'occupait fort peu de politique. Les empires auraient pu crouler, pendant qu'il faisait une expérience, sans qu'il daignât tourner la tête. Cependant, il avait fini par céder aux instances de sa mère, qui l'accusait plus que jamais de vivre en loup-garou.
« Si tu fréquentais le beau monde, lui disait-elle, tu aurais des clients dans la haute société. Viens au moins passer les soirées dans notre salon. Tu feras la connaissance de MM.
Roudier, Granoux, Sicardot, tous gens bien posés qui te paieront tes visites quatre et cinq francs. Les pauvres ne t'enrichiront pas. »
La Fortune des Rougon
Émile Zola
1870
Elle aurait dû savoir que l'appât du gain n'était pas ce qui pouvait conduire Pascal jusqu'au salon de ses parents. C'est ainsi que les personnes conduites par l'avidité et quel qu'en soit l'objet empruntent à l'égard d'autrui de mauvaises stratégies. Ce qui est vrai pour une personne engagée dans une entreprise de conviction envers une autre personne n'est aussi pour les gouvernements envers les peuples. Les dirigeants qui se sont hissés au pouvoir à coup de mensonges, ou de promesses qu'ils n'avaient pas l'intention de tenir, prêtent au peuple des désirs et des intentions qui ne sont pas ceux du peuple mais les leurs. Ils voient le monde au travers de la lunette de leur propre avidité de pouvoir ou d'argent et parfois des deux. C'est ainsi qu'au nom d'un intérêt supposé supérieur, ils font la guerre quand le peuple veut la paix, qu'ils renoncent à la plus élémentaire des charités envers les plus pauvres au nom d'un ordre moral qu'on aurait bien de la peine à définir et finissent par devenir si impopulaires qu'ils n'ont d'autre choix que de partir avant d'essayer de revenir par un autre moyen. Pascal n'était pas de ces gens-là. Il croyait aux faits et, par conséquent, à l'observation des faits. Il était persuadé que ce que l'on ne comprenait pas devait, à force d'observation, devenir compréhensible et explicable. Il croyait aussi que le corps physique du malade et celui de la personne en bonne santé ne différaient pas fondamentalement et qu'un malade était une personne en bonne santé qui s'ignorait quand, à l'inverse, un bien portant était un futur malade. Mais par dessus tout, il considérait la société humaine comme un gigantesque corps dont chaque individu pouvait selon les cas et les circonstances provoquer le bien être ou la maladie.
Zola augmenté
Daniel Diégèse
2014

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