Diégèse  jeudi 17 juillet 2014


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La Fortune des Rougon2

Le dénouement approchait. Dans les derniers jours de novembre, comme le bruit d'un coup d'État courait et qu'on accusait le prince président de vouloir se faire nommer empereur :
« Eh ! nous le nommerons ce qu'il voudra, s'était écrié Granoux, pourvu qu'il fasse fusiller ces gueux de républicains ! » Cette exclamation de Granoux, qu'on croyait endormi causa une grande émotion. Le marquis feignit de ne pas avoir entendu ; mais tous les bourgeois approuvèrent de la tête l'ancien marchand d'amandes. Roudier, qui ne craignait pas d'applaudir tout haut, parce qu'il était riche, déclara même, en regardant M. de Carnavant du coin de l'œil, que la position n'était plus tenable, et que la France devait être corrigée au plus tôt par n'importe quelle main.
Le marquis garda encore le silence, ce qui fut pris pour un acquiescement. Le clan des conservateurs, abandonnant la légitimité, osa alors faire des vœux pour l'Empire.
« Mes amis, dit le
commandant Sicardot en se levant, un Napoléon peut seul aujourd'hui protéger les personnes et les propriétés menacées… Soyez sans crainte, j'ai pris les précautions nécessaires pour que l'ordre règne à Plassans. » Le commandant avait, en effet, de concert avec Rougon, caché, dans une sorte d'écurie, près des remparts, une provision de cartouches et un nombre assez considérable de fusils ; il s'était en même temps assuré le concours de gardes nationaux sur lesquels il croyait pouvoir compter.
Ses paroles produisirent une très heureuse impression. Ce soir-là, en se séparant, les paisibles bourgeois du salon jaune parlaient de massacrer
« les rouges », s'ils osaient bouger.
La Fortune des Rougon
Émile Zola
1870
Personne cependant ne connaissait la date ni l'heure et les bourgeois du salon jaune ayant fait leur mue et l'ayant désormais avoué, ils auraient pu se livrer à quelque prédiction. Le marquis de Carnavant aimait l'histoire tout autant que la géographie et il savait que plus les pouvoirs sont illégitimes plus ils ont cœur à tirer dans le passé les preuves inventées de leur légitimité. Il le savait d'autant plus que c'est bien ce que la noblesse a fait pendant des siècles, justifiant ses privilèges et la suzeraineté sur ses terres en racontant de vieilles histoires de batailles et de serments. Le marquis se dit qu'un Bonaparte ne pouvait accéder au pouvoir que lors d'une date anniversaire de la geste napoléonienne. La date du 2 décembre ne pouvait dès lors qu'attirer son attention. Date anniversaire du sacre de Napoléon à Reims mais aussi de celle de la bataille d'Austerlitz, le marquis fut vite convaincue que l'occasion était trop belle. Il vécut ainsi chaque jour de ce mois de novembre dans la fébrilité, exhortant Félicité et l'invitant à la plus grande vigilance. Tout devait être prêt pour la date fatidique. Il se demandait même comment les bourgeois du salon jaune n'avait pas fait comme lui la même prédiction tant la chose paraissait évidente. Il n'en dit cependant rien, se refusant à jouer en public le jeu des prédictions qui, à ses yeux, n'avait que des inconvénients. La date pouvait passer sans que rien n'advînt, lui ôtant ainsi son prestige. Le coup d'État pouvait manquer, l'associant alors à la défaite. Il avait cependant trop de scrupules. Il est assez courant d'oublier et de faire oublier les prédictions manquées que l'on a un temps proférées. Si ce n'était pas le cas, il n'y aurait plus de journaux depuis longtemps. L'essentiel était que la réaction fût prête à résister et à maîtriser Plassans.
Zola augmenté
Daniel Diégèse
2014

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