Diégèse  mercredi 25 juin 2014


ce travail est commencé depuis 5290 jours et son auteur est en vie depuis 19743 jours (3 x 6581 jours) 2014

ce qui représente 26,7943% de la vie de l'auteur

hier  
L'atelier du texte demain

La Fortune des Rougon2

Eugène, à cette heure trouble où la plus grande discrétion était nécessaire, avait bien choisi son confident. Pierre, flatté de la confiance de son fils, exagéra encore cette lourdeur passive qui faisait de lui une masse grave et impénétrable. Lorsque Félicité eut compris qu'elle ne saurait rien, elle cessa de tourner autour de lui. Une seule curiosité lui resta, la plus âpre. Les deux hommes avaient parlé d'un prix stipulé par Pierre lui-même. Quel pouvait être ce prix ? Là était le grand intérêt pour Félicité, qui se moquait parfaitement des questions politiques. Elle savait que son mari avait dû se vendre cher, mais elle brûlait de connaître la nature du marché. Un soir, voyant Pierre de belle humeur, comme ils venaient de se mettre au lit, elle amena la conversation sur les ennuis de leur pauvreté.
« Il est bien temps que cela finisse, dit-elle ; nous nous ruinons en
bois et en huile, depuis que ces messieurs viennent ici. Et qui paiera la note ? Personne peut-être. » Son mari tomba dans le piège. Il eut un sourire de supériorité complaisante.
« Patience », dit-il
.
La Fortune des Rougon
Émile Zola
1870
La patience est souvent considérée comme une vertu. C'est bien sûr une facilité de pensée et parfois un stratagème politique. Quand bien même la patience fût-elle cette vertu vantée par tant de doctrines, il faudrait remarquer qu'elle est alors une vertu fortement inégalitaire. Pour le rentier, la patience peut parfois être douce. Il attend, calé dans son fauteuil, que les rentes lui soient versées. Elles pourraient venir parfois plus rapidement, se dit-il, et en plus grande abondance. Mais elle viennent. Et quand la chance et le travail d'autres que lui font que la rente est meilleure, il en attribue le mérite à sa patience, qui n'est cependant que de la cupidité mêlée de paresse passive. Pour le pauvre en revanche et pour le miséreux, la patience est d'une toute autre nature. Certains se voient proposer, pour gage de leur attente et de leur souffrance une promesse de biens dans l'au-delà. Piètre consolation s'il en est pour celui qui ne mange pas à sa faim, qui souffre du froid et qui voit dépérir ses enfants qu'il a dû envoyer à la mine. Est-ce encore de la patience, cette rage contenue, cette colère grandissante ? Trop de patience peut parfois être coupable.
Zola augmenté
Daniel Diégèse
2014

2009 2008 2007 2006 2005 2004 2003 2002 2001 2000






2013 2012 2011 2010