Diégèse  dimanche 4 mai 2014


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La Fortune des Rougon2

Pendant plus de trente ans, la bataille dura. Lorsque Puech mourut, ce fut un nouveau coup de massue. Félicité, qui comptait hériter d'une quarantaine de mille francs, apprit que le vieil égoïste, pour mieux dorloter ses vieux jours, avait placé sa petite fortune à fonds perdu. Elle en fit une maladie. Elle s'aigrissait peu à peu, elle devenait plus sèche, plus stridente. À la voir tourbillonner, du matin au soir, autour des jarres d'huile, on eût dit qu'elle croyait activer la vente par ces vols continuels de mouche inquiète. Son mari, au contraire, s'appesantissait ; le guignon l'engraissait, le rendait plus épais et plus mou. Ces trente années de lutte ne les menèrent cependant pas à la ruine. À chaque inventaire annuel, ils joignaient à peu près les deux bouts ; s'ils éprouvaient des pertes pendant une saison, ils les réparaient à la saison suivante. C'était cette vie au jour le jour qui exaspérait Félicité. Elle eût préféré une belle et bonne faillite. Peut-être auraient-ils pu alors recommencer leur vie, au lieu de s'entêter dans l'infiniment petit, de se brûler le sang pour ne gagner que leur strict nécessaire. En un tiers de siècle, ils ne mirent pas cinquante mille francs de côté.
La Fortune des Rougon
Émile Zola
1870
D'autres qu'eux auraient été heureux, mais l'alliance du petit commerçant avec le petit paysan, quand ils sont chacun en quête d'un changement de condition dans la société, que celui-ci, d'ailleurs, réussisse ou ne réussisse pas, conduit toujours à la rancœur. Que l'on se maintienne, gagnant honnêtement sa vie et faisant vivre sa famille et on a l'impression de stagner, de perdre son temps, de s'ankyloser. Que l'on réussisse enfin, et voilà que l'on est dans cette nouvelle maison si richement décorée comme celui ou celle qui trouve ses vêtements trop grands et aux broderies trop lourdes. La pesanteur de la pauvreté passée ne s'effacera pas avant de nombreuses générations. Il n'y a bien que chez les très anciennes familles aristocratiques demeurées dans leur château, qui n'est autre qu'une grosse ferme fortifiée, hobereaux proches de leurs terres, connaissant chacun par son nom et par celui de ses pères, et pouvant arpenter les yeux fermés chaque are de leur domaine, que l'on trouve la parfaite assurance de ceux qui n'ont rien à envier. Le roi de France les faisait venir à la cour pour tenter de les mater. La plupart d'entre-eux, tout en courbant l'échine aspirait à se retirer chez soi.
Zola augmenté
Daniel Diégèse
2014

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