Diégèse  jeudi 20 mars 2014


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La Fortune des Rougon2

Le quartier des nobles, qu'on nomme quartier Saint-Marc, du nom d'une des paroisses qui le desservent, un petit Versailles aux rues droites, rongées d'herbe, et dont les larges maisons carrées cachent de vastes jardins, s'étend au sud, sur le bord du plateau ; certains hôtels, construits au ras même de la pente, ont une double rangée de terrasses, d'où l'on découvre toute la vallée de la Viorne, admirable point de vue très vanté dans le pays. Le vieux quartier, l'ancienne ville, étage au nord-ouest ses ruelles étroites et tortueuses, bordées de masures branlantes ; là se trouvent la mairie, le tribunal civil, le marché, la gendarmerie ; cette partie de Plassans, la plus populeuse, est occupée par les ouvriers, les commerçants, tout le menu peuple actif et misérable. La ville neuve, enfin, forme une sorte de carré long, au nord-est ; la bourgeoisie, ceux qui ont amassé sou à sou une fortune, et ceux qui exercent une profession libérale, y habitent des maisons bien alignées, enduites d'un badigeon jaune clair. Ce quartier, qu'embellit la sous-préfecture, une laide bâtisse de plâtre ornée de rosaces, comptait à peine cinq ou six rues en 1851 ; il est de création récente et, surtout depuis la construction du chemin de fer, il tend seul à s'agrandir.
La Fortune des Rougon
Émile Zola
1870
Plassans, comme beaucoup de villes, s'agrandit ainsi comme un corps dont un seul membre pourrait croître, et, ce qui est frappant, dans cette ville millénaire, c'est que la société semble avoir dessiné son destin par la topologie des lieux. Ainsi, la noblesse domine la plaine, mais, tout aussi bien, se trouve au bord du gouffre et ne peut connaître aucune évolution de l'espace qu'elle s'est octroyée. Le peuple vit misérablement dans des maisons noircies, mais il est rassemblé, industrieux et, d'une certaine façon, solidaire. Quant à la bourgeoisie, elle fait ce que fait toute bourgeoisie : elle s'étale, tout en imposant à tous un goût douteux pour les choses voyantes, aidé en cela par l'État toujours prompt à collaborer avec l'argent. Les rues sont droites, car il faut pouvoir y circuler rapidement sans y être arrêté par les charrois des livraisons. Elles sont droites, aussi, car les bâtisseurs manquent d'imagination. Enfin, ces rues indiquent une forme d'économie rationalisée qui impose ses modes de production. Elles disent la nécessité de laisser chacun chez soi. Les rues de la bourgeoisie sont les rues de la limite, de la clôture, du cadastre et de la propriété privée signalée à chaque coin de rue. L'espace public tend à s'y restreindre comme ce tissu qui, au lavage, rétrécit.
Zola augmenté
Daniel Diégèse
2014

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