Diégèse  lundi 3 novembre 2014


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La Fortune des Rougon2

Rougon s'empressa de regagner la mairie. L'après-midi fut employé à prendre diverses mesures. La proclamation, affichée vers une heure, produisit une impression excellente. Elle se terminait par un appel au bon esprit des citoyens, et donnait la ferme assurance que l'ordre ne serait plus troublé. Jusqu'au crépuscule, les rues, en effet, offrirent l'image d'un soulagement général, d'une confiance entière. Sur les trottoirs, les groupes qui lisaient la proclamation disaient :
« C'est fini, nous allons voir passer les
troupes envoyées à la poursuite des insurgés. » Cette croyance que des soldats approchaient devint telle que les oisifs du cours Sauvaire se portèrent sur la route de Nice pour aller au-devant de la musique, Ils revinrent, à la nuit, désappointés, n'ayant rien vu. Alors, une inquiétude sourde courut la ville.
À la mairie, la commission provisoire avait tant parlé pour ne rien dire que les membres, le ventre vide, effarés par leurs propres bavardages, sentaient la peur les reprendre. Rougon les envoya dîner, en les convoquant de nouveau pour neuf heures du soir, Il allait lui-même quitter le cabinet, lorsque Macquart s'éveilla et frappa violemment à la porte de sa prison. Il déclara qu'il avait faim, puis il demanda l'heure, et quand son frère lui eut dit qu'il était cinq heures, il murmura, avec une méchanceté diabolique, en feignant un vif étonnement, que les insurgés lui avaient promis de revenir plus tôt et qu'ils tardaient bien à le délivrer. Rougon, après lui avoir fait servir à manger, descendit, agacé par cette insistance de Macquart à parler du retour de la bande insurrectionnelle.
La Fortune des Rougon
Émile Zola
1870
Macquart aurait fait un très bon responsable de la propagande. Il y aurait même excellé. La propagande, en effet, ne repose pas sur l'information mais sur la croyance. Il s'agit bien de faire en sorte que le peuple puisse croire quelque chose qui arrange le pouvoir et il y a acte de propagande dès que le pouvoir veut convaincre. C'est d'ailleurs pour cela que l'existence d'une presse indépendante, intègre et protégée juridiquement des assauts des propagandistes est absolument nécessaire pour que puisse vivre la démocratie. Quand vient le temps où l'on ne sait plus distinguer la propagande de l'information, vient toujours le temps de l'arbitraire. D'ailleurs, à bien y considérer, les deux frères ennemis étaient chacun maîtres en propagande, car, Rougon, qui faisait afficher des proclamations, n'avait pas plus d'informations que son frère enfermé dans le cabinet du Maire. S'affrontaient ainsi dans Plassans deux troupes imaginaires : l'une régulière, envoyée par le Préfet et marchant sur la ville dans des roulements de tambour ; l'autre, chantant la marseillaise derrière un drapeau tenu haut par une grande fille drapée de rouge. La collision implacable de ces deux troupes était terrible à voir et la lutte sanglante et sans merci. Selon que l'on était pour ceux-ci ou pour ceux-là, l'une ou l'autre des deux troupes sortait victorieuse de la bataille. Aucun des deux camps ne savait que la rencontre fatale avait bien eu lieu, mais à Sainte Roure. Les insurgés de Plassans ne reviendraient pas ou bien enchaînés les uns aux autres. L'heure de la vengeance avait sonné. En cela, Rougon, avec ses proclamations de pacification était en avance de quelques jours, voire de quelques heures. Macquart l'ignorait tout autant.
Zola augmenté
Daniel Diégèse
2014

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