Diégèse  vendredi 14 novembre 2014


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La Fortune des Rougon2

Le vieux quartier et la ville neuve restaient seuls en présence. Cette dernière avait profité de la panique pour perdre le salon jaune dans l'esprit des commerçants et des ouvriers. Roudier et Granoux étaient d'excellents hommes, d'honorables citoyens, que ces intrigants de Rougon trompaient. On leur ouvrirait les yeux. À la place de ce gros ventru, de ce gueux qui n'avait pas le sou, M. Isidore Granoux n'aurait-il pas dû s'asseoir dans le fauteuil du maire ? Les envieux partaient de là pour reprocher à Rougon tous les actes de son administration qui ne datait que de la veille. Il n'aurait pas dû garder l'ancien conseil municipal ; il avait commis une sottise grave en faisant fermer les portes ; c'était par sa bêtise que cinq membres avaient pris une fluxion de poitrine sur la terrasse de l'hôtel Valqueyras. Et ils ne tarissaient pas. Les républicains, eux aussi, relevaient la tête. On parlait d'un coup de main possible, tenté sur la mairie par les ouvriers du faubourg. La réaction râlait.
La Fortune des Rougon
Émile Zola
1870
Il n'y a pas de soutien politique qui soit durable. Cela n'existe simplement pas et ceux qui pensent qu'une partie de la société leur est définitivement acquise se trompent lourdement. En moins d'une génération, mais parfois en quelques mois sinon en quelques jours, l'opinion peut se déplacer et honnir ceux qu'elle encensait encore la veille. Mais l'opinion la plus versatile est l'opinion réactionnaire. Comme son nom-même l'indique, elle se fonde puis se construit sur la réaction à d'autres courants politiques. En cela, elle se distingue notamment du conservatisme. Le réactionnaire n'est pas contre le coup de force révolutionnaire si celui-ci peut lui permettre de faire valoir ses opinions qui sont avant tout contraires à d'autres. Ainsi, aucun régime ne peut compter fermement sur les réactionnaires pour asseoir son pouvoir dans la durée. Très vite, les habitués de la réaction lui tomberont sur le paletot pour telle ou telle raison. Ce n'était rien d'autre qui arrivait aux Rougon.
Zola augmenté
Daniel Diégèse
2014
Pierre, dans cet écroulement de toutes ses espérances, songea aux quelques soutiens, sur lesquels, à l'occasion, il pourrait encore compter.
« Est-ce
qu'Aristide, demanda-t-il, ne devait pas venir ce soir pour faire la paix ?
– Oui, répondit
Félicité, Il m'avait promis un bel article. L'Indépendant n'a pas paru… » Mais son mari l'interrompit en disant :
« Eh ! n'est-ce pas lui qui sort de
la sous-préfecture ? » La vieille femme ne jeta qu'un regard.
« Il a remis son écharpe ! » cria-t-elle.
Aristide, en effet, cachait de nouveau sa main dans son foulard.
L'Empire se gâtait, sans que la République triomphât, et il avait jugé prudent de reprendre son rôle de mutilé.
Il traversa sournoisement la place, sans lever la tête ; puis, comme il entendit sans doute dans les groupes des paroles dangereuses et compromettantes, il se hâta de disparaître au coude de la rue de la Banne.
La Fortune des Rougon
Émile Zola
1870
Certaines personnes sont leurs propres caricatures et on pourrait se figurer qu'ils répètent chaque matin devant une glace leurs mouvements et leur allure. Ainsi, certains ont un impayable tour de traitre. Il suffit de les voir paraître, dans la rue ou dans un salon, pour avoir l'irrésistible envie de tourner le dos pour vérifier qu'aucun de leurs sbires ne surgît pour planter un poignard dans votre dos. C'est ensuite leur poignée de main qui inspire un vague dégoût comme celui qui prend après avoir tâté un fruit qui commence à pourrir et que le doigt se fût un peu enfoncé dans la chair. C'est enfin la conversation dont, très vite, on n'entend plus que le chuintement qui sournois et contrefait. On arrive même à se demander comment il est possible de jouer ainsi parfaitement son rôle et quel avantage a le traitre à se montrer tel qu'il est. On voudrait lui donner des leçons, car ma foi, il y a aussi des traitres dont on ne décèle leur traitrise qu'avec de la persévérance. Mais la ruse est habile. Ils ont tellement l'air traitres que l'on en vient à ne plus se méfier de leur traitrise qui, dès lors, devient naturelle.
Zola augmenté
Daniel Diégèse
2014
« Va, il ne montera pas, dit amèrement Félicité. Nous sommes à terre… Jusqu'à nos enfants qui nous abandonnent ! » Elle ferma violemment la fenêtre, pour ne plus voir, pour ne plus entendre. Et quand elle eut allumé la lampe, ils dînèrent, découragés, sans faim, laissant les morceaux sur leur assiette. Ils n'avaient que quelques heures pour prendre un parti. Il fallait qu'au réveil ils tinssent Plassans sous leurs talons et qu'ils lui fissent demander grâce, s'ils ne voulaient renoncer à la fortune rêvée. Le manque absolu de nouvelles certaines était l'unique cause de leur indécision anxieuse.
La Fortune des Rougon
Émile Zola
1870
Les deux pauvres vieux, à cet instant, et à mieux y regarder, n'avaient que ce qu'ils méritaient. Leurs enfants les trahissaient autant qu'ils les avaient trahis ou qu'ils eussent pu les trahir en fonction des circonstances. De leurs faits et gestes, ils ne craignaient qu'une seule chose, que ceux-ci pussent les compromettre et compromettre de la même manière leur seul et unique projet qui était de jouir sans entrave de leur médiocrité première. Car, tenir Plassans en respect était somme toute un objectif assez mince. Mais on a vu ainsi des maires de villages de province se croire empereurs avec une rapidité déconcertante.
Zola augmenté
Daniel Diégèse
2014

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