Diégèse  dimanche 21 septembre 2014


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La Fortune des Rougon2

Et ils allaient, dans le silence du sentier, entre les tas de planches et le mur du Jas-Meiffren. Jamais ils ne dépassaient le bout de ce cul-de-sac étroit, revenant sur leurs pas, à chaque fois. Ils étaient chez eux. Souvent, Miette, heureuse de se sentir si bien cachée, s'arrêtait et se complimentait de sa découverte :
« Ai-je eu la main chanceuse ! disait-elle avec ravissement. Nous ferions
une lieue sans trouver une si bonne cachette ! » L'herbe épaisse étouffait le bruit de leurs pas. Ils étaient noyés dans un flot de ténèbres, bercés entre deux rives sombres, ne voyant qu'une bande d'un bleu foncé, semée d'étoiles, au-dessus de leur tête. Et, dans ce vague du sol qu'ils foulaient, dans cette ressemblance de l'allée à un ruisseau d'ombre coulant sous le ciel noir et or, ils éprouvaient une émotion indéfinissable, ils baissaient la voix, bien que personne ne pût les entendre. Se livrant à ces ondes silencieuses de la nuit, la chair et l'esprit flottants, ils se contaient, ces soirs-là, les mille riens de leur journée, avec des frissons d'amoureux.
La Fortune des Rougon
Émile Zola
1870
Ainsi, leur cachette était semblable à leur âge et à leur amour. Elle était tout à la fois comme ces cabanes que les jeunes enfants construisent au fond des parcs et parfois jusque dans les arbres ; elle était aussi comme ces couches improvisées que les amants s'inventent dans les prés et dans les bois pour abriter leurs amours clandestines. Elle était tout cela, et plus encore pour ces deux orphelins qui leur jeune vie durant avaient manqué de l'amour maternel. Elle était la matrice retrouvée, le lieu de la sécurité absolue, infinie, que l'on ne rejoint jamais et que l'on cherche en vain. La cachette était donc aussi un paradis, le lieu du sacré par excellence où la notion même de péché n'a pas cours. Il est ainsi de ces lieux que l'on trouve, puis que l'on perd. Bien malheureux sont ceux qui, dans leur existence, n'auront pas connu pareilles voluptés qui valent plus que celles données par un foyer confortable, qui valent même davantage que le plaisir de l'amour charnel et qui valent mieux enfin que tous les présents les plus luxueux de la terre.
Zola augmenté
Daniel Diégèse
2014
D'autres fois, par les soirées claires, lorsque la lune découpait nettement les lignes de la muraille et des tas de planches, Miette et Silvère gardaient leur insouciance d'enfant. L'allée s'allongeait, éclairée de raies blanches, toute gaie, sans inconnu. Et les deux camarades se poursuivaient, riaient comme des gamins en récréation, se hasardant même à grimper sur les tas de planches. Il fallait que Silvère effrayât Miette, en lui disant que Justin était peut-être derrière le mur, qui la guettait. Alors, encore essoufflés, ils marchaient côte à côte, en se promettant d'aller un jour courir dans les près Sainte-Claire, pour savoir lequel des deux attraperait l'autre le plus vite.
La Fortune des Rougon
Émile Zola
1870
Les deux enfants étaient, en quelque sorte, en récréation,, eux qui n'avaient pas connu et ne connaitraient pas la joie des récréations scolaires, dans ces cours entourées par de hauts murs qui font caisse de résonance. Mais, contrairement à ce que vient tous les écoliers, leurs récréations étaient silencieuses. Ils n'avaient pas de ces cris qui sont comme de l'énergie pure qui vient de ces jeunes êtres contraints par la classe et par leurs maîtres. Seulement, parfois, s'autorisaient-ils à étouffer un rire cristallin. Ils ne faisaient pas de bruit, car, le mur du Jas-Meiffren n'était pas loin et ils n'étaient pas certain que Justin ne les guettât point.
Zola augmenté
Daniel Diégèse
2014
Leurs amours naissantes s'accommodaient ainsi des nuits obscures et des nuits limpides. Toujours leur cœur était en éveil, et il suffisait d'un peu d'ombre pour que leur étreinte fût plus douce et leur rire plus mollement voluptueux. La chère retraite, si joyeuse au clair de lune, si étrangement émue par les temps sombres, leur semblait inépuisable en éclats de gaieté et en silences frissonnants. Et jusqu'à minuit ils restaient là, tandis que la ville s'endormait et que les fenêtres du faubourg s'éteignaient une à une.
La Fortune des Rougon
Émile Zola
1870
Ils ne le savaient pas, mais leurs cœurs purs unis dans la tendresse et dans l'amour auraient suffi à sauver une ville entière le jour du jugement dernier. Ils étaient les gardiens innocents de Plassans, enfermée dans ses murs et ses égoïsmes. Ils étaient le rachat des riches et des pauvres, des enfants et des vieillards, qui pouvaient s'endormir grâce à leur veille douce. Jamais Plassans ne connut aussi bel été et les rumeurs de guerre ne l'atteignaient plus, non plus que les mauvaises nouvelles. Il suffirait donc de laisser s'aimer des jeunes gens pour trouver le salut du monde.
Zola augmenté
Daniel Diégèse
2014

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