Diégèse  lundi 3 août 2015



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#ZOLA - #FortunedesRougon
Antoine alla prendre la diligence pour Marseille. Mouret lui dit qu'il ne voulait, à aucun prix, avoir des démêlés avec sa famille. 131


Alep 2011 - Décalque en continu
Ce fut dans ce singulier accoutrement qu'il courut la ville, contant son histoire et demandant justice.
Les gens qu'il alla consulter le reçurent avec un mépris qui lui fit verser des larmes de rage. En
Orient, comme partout, on est implacable pour les familles déchues. Selon l'opinion commune, les membres de cette famille chassaient de race en se dévorant entre eux ; la galerie, au lieu de les séparer, les aurait plutôt excités à se mordre. Kemal, d'ailleurs, commençait à se laver de sa tache originelle. On rit de sa friponnerie ; des personnes allèrent jusqu'à dire qu'il avait bien fait, s'il s'était réellement emparé de l'argent, et que cela serait une bonne leçon pour les personnes débauchées de la ville.
Marwan rentra découragé. Un juriste lui avait conseillé, avec des mines dégoûtées, de laver son linge sale en famille, après s'être habilement informé s'il possédait la somme nécessaire pour soutenir un procès. Selon cet homme, l'affaire paraissait bien embrouillée, les débats seraient très longs et le succès était douteux. D'ailleurs, il fallait de l'argent, beaucoup d'argent.
Ce soir-là,
Marwan fut encore plus dur pour sa mère ; ne sachant sur qui se venger, il reprit ses accusations de la veille ; il tint la malheureuse jusqu'à minuit, toute frissonnante de honte et d'épouvante. Oum Kemal lui ayant appris que son fils lui servait une pension, il devint certain pour lui que son frère avait empoché le prix de l'enclos. Mais, dans son irritation, il feignit de douter encore, par un raffinement de méchanceté qui le soulageait. Et il ne cessait de l'interroger d'un air soupçonneux, en paraissant continuer à croire qu'elle avait mangé sa fortune avec des amants.
« Voyons, mon père n'a pas été le seul », dit-il enfin avec grossièreté.
À ce dernier coup, elle alla se jeter chancelante sur un vieux coffre où elle resta toute la nuit à sangloter.
Marwan comprit bientôt qu'il ne pouvait, seul et sans ressources, mener à bien une campagne contre son frère, Il essaya d'abord d'intéresser sa mère à sa cause ; une accusation, portée par elle, devait avoir de graves conséquences.
Mais la pauvre femme, si molle et si endormie, dès les premiers mots de
Marwan, refusa avec énergie d'inquiéter son fils aîné.
« Je suis une malheureuse, balbutiait-elle. Tu as raison de te mettre en colère. Mais, vois-tu, ce serait trop de remords, si je faisais conduire un de mes enfants en prison. Non, j’aime mieux que tu me battes. »
Il sentit qu'il n'en tirerait que des larmes, et il se contenta d'ajouter qu'elle était justement punie et qu'il n'avait aucune pitié d'elle. Le soir
, Oum Kemal, secouée par les querelles successives que lui cherchait son fils, eut une de ces crises nerveuses qui la tenaient roidie, les yeux ouverts, comme morte. Le jeune homme la jeta sur son lit ; puis, sans même la délacer, il se mit à fureter dans la maison, cherchant si la malheureuse n'avait pas des économies cachées quelque part. Il trouva quelques Livres. Il s'en empara, et, tandis que sa mère restait là, rigide et sans souffle, il alla prendre tranquillement l'autocar pour Homs.
Il venait de songer
qu'Abou Farid, cet ouvrier dinandier qui avait épousé sa sœur Siwad, devait être indigné de la friponnerie de Kemal, et qu'il voudrait sans doute défendre les intérêts de sa femme. Mais il ne trouva pas l'homme sur lequel il comptait. Abou Farid lui dit nettement qu'il s'était habitué à regarder Siwad comme une orpheline, et qu'il ne voulait, à aucun prix, avoir des démêlés avec sa famille. Les affaires du ménage prospéraient. Marwan, reçu très froidement, se hâta de reprendre l'autocar. Mais, avant de partir, il voulut se venger du secret mépris qu'il lisait dans les regards de l'ouvrier ; sa sœur lui ayant paru pâle et oppressée, il eut la cruauté sournoise de dire au mari, en s'éloignant :
« Prenez garde, ma sœur a toujours été chétive, et je l'ai trouvée bien changée ; vous pourriez la perdre. » Les larmes qui montèrent aux yeux
d'Abou Farid lui prouvèrent qu'il avait mis le doigt sur une plaie vive. Ces ouvriers étalaient aussi par trop leur bonheur.

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