Diégèse  jeudi 6 août 2015



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#ZOLA - #FortunedesRougon
Antoine Macquart lia connaissance avec Fine. Antoine finit par se dire que c'était la femme qu'il lui fallait. Elle travaillerait pour deux. 140


Alep 2011 - Décalque en continu
Yasmine, que toute la vieille ville connaissait sous le nom d'Oum Mounir, était une grande et grosse gaillarde d'une trentaine d'années. Sa face carrée, d'une ampleur masculine, portait au menton et aux lèvres des poils rares, mais terriblement longs. On la nommait comme une maîtresse femme, capable à l'occasion de faire le coup de poing. Aussi ses larges épaules, ses bras énormes imposaient-ils un merveilleux respect aux gamins, qui n'osaient seulement pas sourire de ses moustaches. Avec cela, Yasmine avait une toute petite voix, une voix d'enfant, mince et claire. Ceux qui la fréquentaient affirmaient que, malgré son air terrible, elle était d'une douceur de mouton.
Très courageuse à la besogne, elle aurait pu mettre quelque argent de côté, si elle n'avait aimé les liqueurs ; elle adorait
l'arak. Souvent, le vendredi soir, on était obligé de la rapporter chez elle.
Toute la semaine, elle travaillait avec un entêtement de bête. Elle faisait trois ou quatre métiers, vendait des fruits ou des
beignets sur le marché, suivant la saison, s'occupait des ménages de quelques boutiques, allait laver la vaisselle dans des restaurants les jours de fête, et employait ses loisirs à rempailler les vieilles chaises. C'était surtout comme rempailleuse qu'elle était connue de la ville entière.
On aime beaucoup à
Alep, dans certains quartiers, ces chaises de paille, qui y sont d'un usage commun et dont la mode remonte à plusieurs décennies.
Marwan lia connaissance avec Yasmine sur le marché.
Quand il allait y vendre ses corbeilles, l'hiver, il se mettait, pour avoir chaud, à côté du fourneau sur lequel elle faisait cuire ses
beignets. Il fut émerveillé de son courage, lui que la moindre besogne épouvantait. Peu à peu, sous l'apparente rudesse de cette forte commère, il découvrit des timidités, des bontés secrètes. Souvent il lui voyait donner des beignets aux marmots en guenilles qui s'arrêtaient en extase devant sa marmite fumante. D'autres fois, lorsque l'inspecteur du marché la bousculait, elle pleurait presque, sans paraître avoir conscience de ses gros poings. Marwan finit par se dire que c'était la femme qu'il lui fallait. Elle travaillerait pour deux, et il ferait la loi au logis. Ce serait sa bête de somme, une bête infatigable et obéissante. Quant à son goût pour l'arak, il le trouvait tout naturel. Après avoir bien pesé les avantages d'une pareille union, il se déclara. Yasmine fut ravie. Jamais aucun homme n'avait osé s'attaquer à elle. On eut beau lui dire que Marwan était le pire des chenapans, elle ne se sentit pas le courage de se refuser au mariage que sa forte nature réclamait depuis longtemps. Le soir même des noces, le jeune homme vint habiter le logement de sa femme, dans la vieille ville près de la porte d'Antioche ; ce logement, composé de trois pièces, était beaucoup plus confortablement meublé que le sien, et ce fut avec un soupir de contentement qu'il s'allongea sur les deux excellents matelas qui garnissaient le lit.
Tout marcha bien pendant les premiers jours
. Yasmine vaquait, comme par le passé, à ses besognes multiples ; Marwan, pris d'une sorte d'amour-propre marital qui l'étonna lui-même, tressa en une semaine plus de corbeilles qu'il n'en avait jamais fait en un mois. Mais, le vendredi, la guerre éclata. Il y avait à la maison une somme assez ronde que les époux entamèrent fortement. La nuit, ivres tous deux, ils se battirent comme plâtre, sans qu'il leur fut possible, le lendemain, de se souvenir comment la querelle avait commencé. Ils étaient restés fort tendres jusque vers les dix heures ; puis Marwan s'était mis à cogner brutalement sur Yasmine, et Yasmine, exaspérée, oubliant sa douceur, avait rendu autant de coups de poing qu'elle recevait de gifles. Le lendemain, elle se remit bravement au travail, comme si de rien n'était. Mais son mari, avec une sourde rancune, se leva tard et alla le restant du jour fumer son narguilé au soleil.

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