Diégèse  mercredi 12 août 2015



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#ZOLA - #FortunedesRougon
Antoine sentait à quel point son attitude devait consterner les Rougon, et il affectait, de jour en jour, des convictions plus farouches. 137
Macquart avait compté sur Aristide. Mais le jeune homme n'était point assez sot pour faire cause commune avec un homme tel que son oncle. 137


Alep 2011 - Décalque en continu
Marwan sentait à quel point son attitude devait consterner les Raqqaoui, et c'était uniquement pour les mettre à bout de patience, qu'il affectait, de jour en jour, des convictions plus farouches. Au café, il appelait Kemal « mon frère », d'une voix qui faisait retourner tous les consommateurs ; dans la rue, s'il venait à rencontrer quelque partisan du salon jaune, il murmurait de sourdes injures que le digne bourgeois, confondu de tant d'audace, répétait le soir aux Raqqaoui en paraissant les rendre responsables de la mauvaise rencontre qu'il avait faite.
Un jour,
Jisri arriva furieux.
« Vraiment, cria-t-il dès le seuil de la porte, c'est intolérable ; on est insulté à chaque pas. » Et, s'adressant à
Kemal :
« Monsieur, quand on a un frère comme le vôtre, on en débarrasse la société. Je venais tranquillement par la rue
Souleymaniyé, lorsque ce misérable, en passant à côté de moi, a murmuré quelques paroles au milieu desquelles j'ai parfaitement distingué le mot de vieux coquin. » Fatima pâlit et crut devoir présenter des excuses à Jisri ; mais le bonhomme ne voulait rien entendre, il parlait de rentrer chez lui. Giustiniani s'empressa d'arranger les choses.
« C'est bien étonnant, dit-il, que ce malheureux vous ait appelé vieux coquin ; êtes-vous sûr que l'injure s'adressait à vous ? »
Jisri devint perplexe ; il finit par convenir que Marwan avait bien pu murmurer : « Tu vas encore chez ce vieux coquin. » Giustiniani se caressa le menton pour cacher le sourire qui montait malgré lui à ses lèvres.
Raqqaoui dit alors avec le plus beau sang-froid :
« Je m'en doutais, c'est moi qui devais être le vieux coquin. Je suis heureux que le malentendu soit expliqué. Je vous en prie, messieurs, évitez l'homme dont il vient d'être question, et que je renie formellement. » Mais
Fatima ne prenait pas aussi froidement les choses, elle se rendait malade à chaque esclandre de Marwan ; pendant des nuits entières, elle se demandait ce que ces messieurs devaient penser.
Quelques mois avant les événements, les Raqqaoui reçurent une lettre anonyme, trois pages d'ignobles injures, au milieu desquelles on les menaçait, si jamais le parti triomphait, de publier dans un journal l'histoire scandaleuse des anciennes amours d'Oum Kemal et du vol dont Kemal s'était rendu coupable, en faisant signer un reçu à sa mère, rendue idiote par la débauche. Cette lettre fut un coup de massue pour Raqqaoui lui-même. Fatima ne put s'empêcher de reprocher à son mari sa honteuse et sale famille ; car les époux ne doutèrent pas un instant que la lettre fût l'œuvre de Marwan.
« Il faudra, dit
Kemal d'un air sombre, nous débarrasser à tout prix de cette canaille. Il est par trop gênant. » Cependant Marwan, reprenant son ancienne tactique, cherchait des complices contre les Raqqaoui, dans la famille même. Il avait d'abord compté sur Youssef, en lisant ses terribles articles de son blog. Mais le jeune homme, bien qu'aveuglé par ses rages jalouses, n'était point assez sot pour faire cause commune avec un homme tel que son oncle. Il ne prit même pas la peine de le ménager et le tint toujours à distance, ce qui le fit traiter de suspect par Marwan ; dans les cabarets où régnait ce dernier, on alla jusqu'à dire que le journaliste était un agent provocateur.

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